Gestion des risques Géo-politiques : Le conflit irano-américain ravivé est une piqûre de rappel des risques extra-financiers pour l’investisseur. Ne pas (sur)réagir est essentiel.

Les trois principaux risques extra-financiers sont d’ordre géopolitique, cyber et climatique. Le fait géopolitique est structurant pour les marchés financiers. C’est la Guerre du Viêt Nam qui entraîne les Etats-Unis dans le marché séculaire baissier actions qui s’étendra de 1966 à 1981. Ce sont les dividendes de la paix issues de la fin de la Guerre froide avec la chute du Mur de Berlin en 1989 qui accélèrent le processus de compression des primes de risque (réduction des dépenses publiques, globalisation, désinflation, déréglementation) dans les années 90. Plus proche de nous, c’est le déclenchement de la deuxième Intifada le 28 septembre 2000 – un an avant les attentats du 11 septembre – qui marque le retour du risque géopolitique dans les préoccupations des investisseurs.

Les effets sur les marchés financiers sont toujours très ponctuels dans un premier temps.

Le retour du risque géopolitique a pour toile de fond la transition vers un nouvel équilibre stratégique international (monde multipolaire) et un contexte macro-financier plus propice: retour de l’Etat dans l’économie, affaiblissement de la croissance mondiale, remontée du chômage structurel, retour de la tentation protectionniste, relance des dépenses militaires (Etats-Unis, Chine), ruptures plus fréquentes dans l’approvisionnement des ressources naturelles.

Pour l’investisseur, la grille de lecture des risques géopolitiques s’articule autour de quatre principaux facteurs de tensions: 1/ les tensions dans les ressources naturelles, avec des chocs d’offre ou des revendications territoriales (pétrole, matières premières agricoles, eau); 2/ le creusement des inégalités, qui peuvent conduire à des mesures protectionnistes, des mesures de rétorsions commerciales, une guerre des monnaies ou un risque de désintégration régionale (cas de la zone euro); 3/ des ambitions nationalistes, associées au risque de prolifération nucléaire ou des contestations de frontières (cas de la Corée du Nord); 4/ des revendications idéologiques spécifiques (attaques terroristes).

Les événements géopolitiques sont des événements qui ont des impacts marqués et une probabilité d’occurrence très faible. La transmission économique d’un choc géopolitique peut être temporaire ou persistante. Les effets sur les marchés financiers sont toujours très ponctuels dans un premier temps: la baisse des marchés actions autour des événements géopolitiques est en moyenne de 6% sur une durée de 14 jours, suivie d’un rebond en moyenne de 7,4% sur 23 jours. Il y a donc un retracement total du choc initial. Cela signifie que la meilleure stratégie pour l’investisseur est de ne pas réagir quand le choc éclate. Une sur-réaction émotionnelle serait forcément destructrice de valeur.

Le risque géopolitique doit davantage être intégré dans le processus d’investissement que dans le scénario de marchés.

Si l’événement à des conséquences durables (stagflation, remontée des primes de risques, …), il entraînera nécessairement une inflexion de tendance à moyen terme qu’il conviendra alors d’intégrer dans la stratégie d’allocation d’actifs. Il n’y a pas de moyens crédibles pour couvrir le risque géopolitique dans un portefeuille. Donald Rumsfeld, Secrétaire de la Défense des États-Unis, avait très bien résumé en février 2002 la problématique, qui pourrait s’appliquer parfaitement bien à l’investisseur: «Il y a des choses qui sont connues comme étant connues. Et il y a celles qui sont connues comme étant inconnues. C’est-à-dire qu’elles sont, à l’heure actuelle, connues comme n’étant pas connues. Mais il y a aussi tout l’inconnu inconnu. Ce sont les choses dont il n’est pas connu qu’elles sont inconnues».

En d’autres termes, les conclusions pour l’investisseur sont les suivantes: 1/ compte tenu de son caractère aléatoire et imprévisible, le risque géopolitique doit davantage être intégré dans le processus d’investissement que dans le scénario de marchés; 2/ la discipline de gestion doit être renforcée, avec la nécessité de réduire les biais de comportement; 3/ la diversification est l’un des moyens de réduire le risque géopolitique embarqué dans un portefeuille. L’or est sans doute actuellement le meilleur diversifiant du risque géopolitique.

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