Monsieur le président, La véracité des propos de tout individu découle de ce qu’il fait.

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Maintenant que la détermination divine et « Vox Populi » font partis de notre conversation politique nationale, j’ai pensé qu’il était opportun de faire une mise au point sur l’histoire récente de la Guinée pour corroborer la thèse de Amadou Lamarana Diallo[2]

Lamarana, avec un œil aiguisé et une attention particulière au détail couplée d’une analyse claire et concise, a identifié un des problèmes fondamentaux qui continuent à engloutir la Guinée dans le bourbier d’une misère sans nom et une démocratie avortée depuis 1958.

Notre élite intellectuelle a toujours failli à sa responsabilité à faire l’évaluation des conditions historiques qui auraient pu conduire le pays et notre peuple vers la création d’une nation fondée sur des bases solides pour l’essor collectif et le développement de la Guinée.

Ayant contribué activement dans l’effort qui a abouti à l’Indépendance le 2 octobre 1958, nos intellectuels se satisfirent d’avoir pu tourner le dos au colonisateur.  Aucune conversation sérieuse ou dialogue national ne fut entrepris. Comment organiser le nouvel État ?  Quels objectifs et quelles structures le jeune État devait adopter ?  Comment l’administration publique sera organisée et sur quelles bases ses employés seront choisis (compétence, politique, ethnique, familiale ou patronage amical) ?  Comment redéfinir l’échiquier politique pour reconnaître les différents courants de pensée entretenus par la classe politique ? 

Les réponses à ces questions qui auraient pu jeter les bases solides d’une démocratie naissante furent mises de côté au nom d’une « union nationale » à géométrie variable.  Pas besoin de développer des institutions inclusives qui encouragent la participation de tous.  Au contraire, notre classe politique accepta la demande d’adhésion absolue au parti de la Révolution pour solidifier notre jeune État.  Les fissures de notre vie politique furent apparentes dès 1961. Des Guinéens qui avaient posé des questions légitimes furent arrêtés et jetés en prison.

La succession d’échecs dans notre effort de créer une nation unie et solidaire trouve son origine dans ces premiers soubresauts.  Nous savons tous ce qui arriva au régime du « peuple, pour le peuple, par le peuple » le 3 Avril, 1984.  Ce peuple qui vivait par le slogan « Prêt pour la Révolution », accueillit la junte militaire dans une liesse populaire soudaine, comme pour dire qu’il n’avait jamais partagé les intentions, discours et actions qui furent fait en son nom par les dirigeants du parti-État.

La première déclaration du Comité Militaire de Redressement National (CMRN) donna encore une occasion propice à nos intellectuels pour essayer une nouvelle fois de faire asseoir  notre pays sur une base solide et promouvoir le patriotisme, la compétence et l’intégrité dans l’identification et la correction des dérives du premier régime.  Hélas !  Les nouveaux représentants du « peuple » faillirent encore de faire l’autopsie qui nous aurait permis de construire une fondation solide pour notre nation.

Au contraire, profitant d’un climat de méfiance et de conflit entre certaines factions des militaires, des individus qui avaient l’oreille du Président Conté lui dirent que son pouvoir était le fait d’une providence divine.

Pas besoin de s’attaquer à un diagnostic de la faillite du parti État pour tirer des leçons et rectifier le tir. D’ailleurs, le Président Conté avait déjà fait beaucoup en libérant les Guinéens de la dictature du parti État. Sa politique libérale qui permettait aux Guinéens désormais de se mouvoir à l’intérieur et l’extérieure du pays, la libéralisation de l’économie et des ondes suffisent.  L’État moderne, démocratique jaillira de ce branle-bas.  Les intellectuels veulent simplement l’humilier en suggérant l’organisation d’une conférence nationale pour débattre des questions importantes pour le pays. Nous savons tous ce qui arriva au régime du redressement national.

L’arrivée de l’Armée au pouvoir une seconde fois (sous Président Dadis Camara) offrit l’opportunité à nos intellectuels et politiciens de faire un regard sur le passé et constater avec objectivité que nos dirigeants, à date, on tous monopolisé le pouvoir et résisté à tout contrepoids à leur abus du pouvoir.  Que nos ressources communes profitent à une clique sans scrupules. Au lieu de débattre des questions fondamentales, nos politiciens se mirent à tourner en rond pour se positionner en file indienne devant les militaires pour être le prochain récipient du transfert du pouvoir aux civils. Nous savons tous ce qui arriva au régime du Président Dadis.

La troisième République prit naissance dans des conditions que nous connaissons tous.  Maintenant qu’un intellectuel était au pouvoir, le pays allait finalement s’adresser aux problèmes qui ont causé les échecs successifs de nos gouvernants.  Ce fût en vain, comme je l’écrit ailleurs il y a trente ans.  Le nouveau régime fût une lecture exacte de l’échiquier politique Guinéen: « la prolifération des partis politique lui permit de féconder sa stratégie de cooptation de plusieurs de ces partis (Arc-en-ciel) en sachant que la préoccupation majeure de leur chef est un engagement superficiel à soutenir l’établissement d’une vraie démocratie, comparer  à l’accomplissement de leurs buts et intérêts particuliers (être ministre ou contrôler un poste juteux ).»

La loyauté envers les principes et les idéaux démocratiques ne semble pas être le facteur de motivation pour la participation de la grande majorité des chefs de parti et leurs partisans dans le débat politique en Guinée. Le peuple ils s’en foutent. Regardez avec quelle vitesse d’éclair ou d’une étoile filante ils s’envolent de mouvance à opposition ou vice-versa. Au seuil de sa fin certaine, les dirigeants de la troisième République furent un forcing pour éviter d’avoir un dialogue national.  Encore une fois, la providence divine fut mise à profit. Certains de nos intellectuels intègres eurent le courage de se désolidariser de la mascarade.

Maintenant que nous sommes dans la « quatrième république », en plus de la providence divine le débat est autour de qui était dans la bataille originelle pour confisquer le pouvoir du peuple. Pourquoi certain individus qui se sont battus contre l’émergence de cette « République » veulent faire partir de ceux qui doivent gérer les affaires de la nouvelle république ?  Comme les Soussous disent : « Tounè a likhinè kholi foudé boundakhi ».[3]  Nous étions là avant vous. Pas question de faire une quelconque ouverture à ceux qui étaient opposés au coup d’Etat constitutionnel.

Nous ne changerons pas une équipe qui a « gagné » trois fois. Advienne que pourra. Le « peuple » comme dans les Républiques défuntes a parlé en notre faveur en réponse à la commande de Dieu pour choisir pour notre chef.  Pas de concession !  Dieu nous a choisis pour guider le peuple de Guinée qui nous supporte à cent pour cent.

Pendant ce temps, le Président de la « quatrième République » continue la politique de la troisième République. Des Guinéens sont emprisonnés parce qu’ils s’opposent à lui.  D’où le titre de cet écrit. Comme le proverbe Latin le dit si bien, Monsieur le Président : « Non Verbo Neque Lingua Sed Opere et Veritate ».  Ce n’est par vos mots ou le langage que avez utilisé que nous allons vous juger  mais plutôt par votre action et la vérité. La véracité des propos de tout  individu découle de ce qu’il fait.

Monsieur le Président de la République vous avez dit : « Gouverner autrement » ?

Dr Ablo BAH
Professeur de sociologie
Columbia, Missouri

Avec visionguinee.info

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