Labe – Il y a eu transfert de compétences au niveau des collectivités mais certaines d’entre elles ne sont pas encore effectives…

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Interview: «  Il y a eu transfert de compétences au niveau des collectivités mais certaines d’entre elles ne sont pas encore effectives », Dixit Mamadou Aliou Laly Diallo, maire de la commune urbaine de Labé

Il y a plus de deux, le conseil communal de Labé a été installé. Depuis plusieurs actions ont été réalisées en faveur de la population grâce à la vision du Chef de l’Etat, Pr. Alpha Condé appuyé par des partenaires techniques et financiers. Dans la commune urbaine de Labé, le constat est encourageant. L’équipe communale a réussi plusieurs actions de développement notamment grâce à l’appui de l’agence nationale de financement des collectivités (ANAFIC). Mais aussi plusieurs initiatives entreprises par les responsables de cette municipalité. Cependant, beaucoup reste à faire pour le bien être des 200 milles habitants que compte cette commune urbaine. Pour en savoir d’avantage, le numéro un de la commune a reçu, à son bureau, un des reporters de votre quotidien. Dans cet entretien à bâton rompu, Mamadou Aliou Laly Diallo revient sur les actions de développement déjà réalisées, les difficultés mais aussi les perspectives pour les prochains mois.

Oceanguinee : Présentez-vous à nos lecteurs

Mamadou Aliou Laly Diallo : Je suis Mamadou Aliou Laly Diallo, maire de la commune urbaine de Labé depuis le 15 novembre 2018

Depuis votre installation, quelles sont les principales actions réalisées en faveur de la population ?

Dès qu’on a été installé on a posé un diagnostic d’urgence. On a commencé par l’assainissement de la ville de Labé et le déguerpissement des lieux publics. Puisque nous avons constaté une occupation anarchique de certaines emprises. Il fallait remettre de l’ordre dans la ville. Nous avons beaucoup et nous continuons dans ce sens. Pour une première, nous avons pu maitriser les ordures à Labé à travers la mise en place d’un plan d’action opérationnel. Et nous avons fait appel à toutes les personnes de bonne volonté, à nos partenaires. Personnellement j’ai effectué un déplacement en Europe où j’ai rencontré certains ressortissants de la Guinée notamment en Belgique. Là, il y a une association dénommée « DIWAL LABE » à laquelle j’ai présenté le projet d’assainissement de la ville de Labé où on avait un manque criard de logistique. Il n’y avait qu’un seul camion qui était sur calle. Cette association nous a offert un camion et nous avons payé les frais de dédouanement et d’entretien. Ce camion nous sert beaucoup aujourd’hui dans le cadre de l’assainissement. Et sur fonds propre nous avons acheté deux autres camions à plus de 280 millions FG que nous avons mis à la disposition de la commission assainissement. Dans le même cadre, nous avons acheté 262 poubelles que nous avons installées au marché central. L’idée a été de faire en sorte que le pollueur soit payeur. Les frais d’assainissement sont partiellement payés et nous avons acheté deux tricycles pour un montant d’environ 42 millions avec des numéros de téléphones pour permettre aux citoyens d’appeler à chaque fois qu’une poubelle est remplie dans les différents secteurs. Sans oublier le recrutement de 30 balayeurs et éboueurs pris en charge par la commune.

Parallèlement à ça, nous avons bénéficié des fonds de l’ANAFIC pour un montant de plus de 3 milliards FG. Ce montant nous a permis de réaliser des infrastructures dans le domaine de la santé et de l’éducation. Pour ce qui est de l’éducation, nous avons rénové le collège de Hoggo Mbouro dans le quartier Mairie ici, c’est un bâtiment de deux étages construit il y a plus de 60 ans qui risquait de s’effondrer. Heureusement ce bâtiment a été entièrement rénové. Nous avons aussi protégé la première école française de Labé en l’occurrencel’école primaire de Kouroula construit en 1901 et dont le domaine était complètement morcelé. Là nous avons construit une cour de 700 mètres linéaires. Dans l’enceinte de cette même cour et sur fonds propre nous sommes en train de construire un bâtiment de trois salles de classe afin de réduire les effectifs pléthoriques.

A Doghol dayèbhè, un quartier de la commune urbaine qui n’avait que trois salles de classe, on a construit 3 nouvelles salles de classe, le logement du directeur de l’école, un forage, une clôture grillagée et deux blocs latrines.

Dans le domaine de la santé, nous avons construit un centre de santé moderne dans le quartier Safatou2. Ce centre est déjà fonctionnel et il était même prévu dans le budget l’achat de produits pharmaceutiques et des agents sont déjà mutés dans ce centre.

Nous avons fait face également à l’immigration clandestine. Je rappelle que j’ai participé à un forum organisé à Bruxelles et nous avons débattu de la question. Labé étant une des régions victimes de ce fléau. Actuellement, nous avons bénéficié d’un projet d’aménagement d’une station multiservice au niveau de la commune urbaine. Ce projet est financé parl’Union européenne à travers ENABEL (agence belge de développement) avec l’appui du ministère de la jeunesse. Cette station comporte un parking payant, des latrines publiques, une station de lavage où on peut laver 8 véhicules en même temps, une cafétéria. Ce chantier a connu le recrutement de près de 500 jeunes justement pour lutter contre l’immigration clandestine. Chacun d’eux bénéficie des primes et ils sont tous formés. Je peux dire que ces jeunes peuvent totaliser 500 millions par mois. Sans oublier que chacun d’eux a déjà son compte bancaire et parmi eux il y a des menuisiers, des carreleurs, des électriciens et autres. Donc c’est une pierre à plusieurs coûts. Une jeunesse formée, employée et payée pendant neuf mois. Ce groupe des 500 peuvent, à la fin de ce chantier, créer des consortiums afin de pouvoir eux-mêmes employer d’autres en fonction de leurs spécialités. Je peux vous dire que c’est un projet qui coûte des milliards en FG

Justement, comment vous faites pour améliorer la mobilisation des recettes internes ?

Dans le cadre de l’amélioration de la fiscalité, on est en train d’informatiser l’état civil mais aussi mettre en place une base de données nous permettant de répertorier tous les redevables de la commune. Pour cela, nous avons commencé par le marché central afin de permettre à tous ceux qui payent quelques choses à la commune de recevoir un message pour faciliter la collaboration. L’idée est de faire en sorte que le paiement main à main cesse progressivement afin de mieux sécuriser les recettes.

Actuellement la CFU (contribution foncière unique) n’est pas payée chez nous. Mais nous avons identifié 13 quartiers pour nous permettre d’expérimenter un projet de codification de chaque ménage. Cela nous permettra de réactualiser la taxe d’habitation.

C’est d’ailleurs le moment de remercier nos partenaires qui nous appui dans beaucoup de domaines notamment l’aménagement d’un marché périphérique dans le quartier Tata 2 secteur Tchiagué encore appelé Radar. Ledit marché sera fonctionnel en 2021. Nous avons aussi un projet financé par l’Union européenne dans le cadre de la protection de l’environnement. A ce niveau, nous sommes en partenariat avec des ONG locales et la société civile. Ce projet vise à renforcer la capacité des organisations de la société civile, la réhabilitation des cours d’eau, le reboisement, l’aménagement des espaces verts et l’aménagement d’une pépinière communale.

Je rappelle que dès l’apparition de la pandémie, le conseil communal sest mis tout de suite en ordre de bataille à travers la mobilisation de plus de 200 millions FG avec le soutien des ressortissants de Labé, la mise à disposition des kits de lavage des mains, la distribution de plus de 12 milles bavettes et l’organisation des campagnes de sensibilisation.

Dans le domaine de la sécurité des personnes et des biens, qu’avez-vous fait ?

Le conseil communal actuel a hérité de 12 gardes communaux pour une population de plus de 200 milles habitants. La priorité dans ce domaine a été de recruter de nouveaux agents. A ce jour nous avons 26 agents qui sont payé par la commune. Nous sommes en train de mobiliser la logistique et procéder à leurformation avec l’appui des services de sécurité.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confronté dans la gestion de votre municipalité ?

Les difficultés de mobilisation des recettes. C’est pourquoi nous avons procédé à la mise en place d’une base de données. Vous savez, il y a eu transfert de compétences au niveau des collectivités mais ces compétences ne sont pas encore effectives. Il faut batailler dure pour en tout cas rendre effectives ces compétenceslà. Par exemple, tout ce qui est aménagement doit revenir à la commune,malheureusement cela est géré par la préfecture. Donc il y a certaines compétences que nous n’arrivons pas à gérer, c’est une difficulté dans la gestion d’une municipalité en Guinée. Il y a aussi l’occupation anarchique de certaines voies publiques.Là on a beaucoup fait mais des efforts restent à faire même s’il faut privilégier la sensibilisation.

A cela s’ajoute les différentes crises que nous avons connues. Il y a eu cette crise post-électorale mais aussi la pandémie du COVID-19.

Votre appel à l’endroit des populations de Labé ?

L’appel que nous lançons à lancer, d’abord il faut féliciter le conseil et l’administration communale, les encourager à continuer dans cet élan. Parce que nous sommes vraiment satisfaits des résultats. Ensuite dire à la population de Labé que la décentralisation c’est de rendre le développement aux citoyens. Si ces derniers ne s’impliquent pas, s’ils n’appuient pas la commune il sera très difficile en tout cas pour nous de développer la ville. Donc, nous demandons aux citoyens de continuer à appuyer le conseil en s’acquittant de tout ce qui est taxe mais aussi et surtout d’avoir un comportement citoyen partout où on se trouve en respectant les règles et principes de fonctionnement d’une commune.

Propos récueillis par

Alhassane Barry

 

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