Covid-19: en Inde, les crématoriums de New Dehli saturent

Le crématorium de Sarai Kale Khan, au sud de New Delhi, a installé ces 50 nouveaux bûchers sur la pelouse à l’extérieur de son enceinte, pour faire face à l’afflux de défunts de la Covid-19. © RFI/Sébastien Farcis

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L’inde continue à lutter contre la flambée de cas de Covid-19 – le pays a battu un nouveau record mondial, avec 379 000 nouveaux cas déclarés depuis 24h, pour 3 600 décès. Le nombre de morts a doublé en dix jours, et à New Delhi, la ville la plus touchée du pays, les crématoriums ont du mal à trouver de la place pour incinérer autant de défunts.

Avec notre correspondant à New Delhi, Sébastien Farcis,

Une quinzaine d’ambulances attendent depuis des heures sur le parking du crématorium de Sarai Kale Khan, au sud de New Delhi. Dedans, les corps sont emballés dans du plastique hermétique blanc. Vikas Kumar Gupta, l’un des chauffeurs, a de grandes cernes sous les yeux. Il raconte : « Maintenant nous ne transportons presque plus de personnes malades dans nos ambulances. On nous appelle presque uniquement pour amener les défunts ici. Et nous travaillons sans arrêt pendant 24h d’affilée, j’ai à peine le temps de voir ma famille. »

Mukesh Kashyap vient d’arriver dans une de ces camionnettes. Il a l’air effondré et ses yeux sont rouges au-dessus de sa combinaison bleue. Il est venu incinérer sa femme de 38 ans, décédée il y a quelques heures du Covid-19. « On n’a pas trouvé d’oxygène, dit-il. Je suis allé dans les plus grands hôpitaux privés, Holy family, Fortis, Apollo… et finalement un petit hôpital m’a fait payer 55 eurospour une heure d’oxygène. Quand ma femme en prenait, elle allait bien, mais après, c’est revenu. On essayait de trouver un lit pour elle, mais elle s’est effondrée dans le triporteur. Les docteurs n’ont pas pu la sauver. »

Ce crématorium croule sous les demandes. En deux semaines, le nombre de défunts incinérés quotidiennement y a été multiplié par cinq. Un embouteillage intenable pour les familles. Du coup, la municipalité est en train de tripler les capacités de crémation, en construisant des bûchers sur la pelouse, à l’extérieur du bâtiment principal. « Il y a 40 ouvriers qui travaillent avec moi. Cela fait 20 jours qu’on a commencé, et on n’arrête pas de construire des bûchers dès qu’on trouve de la place » affirme un ouvrier. En tout, 50 nouveaux bûchers en brique et ciment sont donc disposés sous les arbres.

« 90% de ces défunts sont morts du Covid-19 » remarque Sunil Kumar, le responsable municipal du lieu qui n’a jamais vu un tel afflux. « C’est très compliqué de faire face à cette augmentation, car nous avons du mal à trouver assez de bois. Et le reste du matériel manque aussi à cause du confinement. Malgré tout cela, cet endroit arrive à tourner grâce à l’acharnement de nos travailleurs. »

En 15 jours, plus de 3 700 personnes sont mortes du Covid-19 dans la capitale.

Rfi.fr
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