Les Européens « fatigués » doivent « endurer les conséquences » de la guerre en Ukraine car Poutine finira par céder : Borrell de l’UE

Le haut représentant de l’UE et chef de la politique étrangère Josep Borrell a donné une évaluation étonnamment directe de la guerre en Ukraine et de la position précaire de l’Europe dans une interview publiée par l’AFP mardi, admettant que le président russe Vladimir Poutine fait le pari de fracturer une réponse unie de l’UE dans la situation de crise actuelle de flambée des prix et d’extrême incertitude énergétique à l’approche d’un long hiver.

Les propos de M. Borrell semblent presque admettre que la tactique de M. Poutine fonctionne dans une certaine mesure, ou du moins qu’elle ébranlera la détermination de l’Europe à court et à long terme, étant donné qu’il a choisi des mots comme « endurer » la douleur économique profonde et la grave pénurie d’énergie. Il a cité la « lassitude » des Européens tout en appelant les dirigeants et les citoyens à « supporter les conséquences » avec une détermination constante.

M. Borrell a expliqué à l’AFP que M. Poutine voit « la lassitude des Européens et la réticence de leurs citoyens à supporter les conséquences de leur soutien à l’Ukraine ».

Mais M. Borrell a laissé entendre que l’Europe ne reculerait pas, quel que soit l’effet de levier que Moscou pourrait avoir, en particulier lorsqu’il s’agit d’une « militarisation de l’énergie », et a appelé les citoyens à continuer d’en assumer le coût. Qui clignera des yeux en premier ? … semble être le sous-entendu ici. Il a insisté :

« Nous devrons endurer, répartir les coûts au sein de l’UE », a déclaré M. Borrell à l’AFP, avertissant que maintenir les 27 États membres ensemble était une tâche à accomplir « jour après jour ».

Et pourtant, comme certains, comme le Hongrois Viktor Orbán, n’ont cessé de le répéter depuis le début de l’invasion du 24 février, il est inévitable que certains soient contraints de supporter les « coûts » beaucoup plus que d’autres. C’est ce que l’on constate déjà avec des initiatives de Bruxelles telles que le rationnement de la consommation de gaz, qui a débouché sur des scénarios tels que l’obligation pour les villes et même les résidences allemandes d’éteindre les lumières ou les ressources pendant des périodes déterminées la nuit. « Plus de douches froides », dit-on également à beaucoup.

Alors que l’automne approche et que nous entrons dans les mois les plus froids, il est probable que nous ne verrons que des titres comme celui-ci : Des villes allemandes imposent des douches froides et éteignent les lumières dans le cadre de la crise du gaz russe.

Il est alarmant de constater que l’AFP, commentant l’évaluation de M. Borrell, va jusqu’à suggérer que les Européens doivent supporter le coût d’une action et de sanctions punitives contre la Russie, même s’ils doivent faire face à la perspective d’une profonde récession. Selon le rapport :

La semaine prochaine, M. Borrell accueillera des réunions des ministres des affaires étrangères et de la défense de l’UE à Prague, dans l’espoir de consolider ce qui a été jusqu’à présent un front diplomatique remarquablement uni contre l’agression de la Russie.

Les États membres de l’UE, dont la plupart sont également des alliés de l’OTAN, ont adopté une série de sanctions visant le cercle restreint de Poutine et certains secteurs de l’économie, notamment les principales exportations de pétrole.

Mais aujourd’hui, les prix de l’énergie et l’inflation s’envolent et plusieurs membres, dont la puissance économique allemande, sont confrontés à la perspective d’une profonde récession.

Bien entendu, l’appel lancé par M. Borrell aux citoyens ordinaires pour qu’ils « fassent la tête » – alors que tout, des sanctions énergétiques aux milliards de dollars d’armes occidentales livrées à Kiev, n’a abouti jusqu’à présent qu’à une impasse sur le champ de bataille – n’est pas nouveau.

Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique…

Les responsables de l’administration Biden, et le président américain lui-même, ainsi que les alliés du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la Pologne et des pays baltes ont dit la même chose depuis longtemps. C’est toujours le même message : les élites politiques appellent au « sacrifice » … alors même que la crise auto-générée ne touche que les classes inférieures et moyennes.

Aube Digitale

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