Le ministre sénégalais de l’Enseignement supérieur, Daouda Ngom, a tapé du poing sur la table ce dimanche 5 janvier. En cause : le recrutement d’une soixantaine d’enseignants-chercheurs sénégalais par des institutions étrangères, la Guinée étant en ligne de mire. Dakar dénonce un cumul de fonctions illégal et somme ses fonctionnaires de choisir.
C’est un rappel à l’ordre qui résonne comme un ultimatum. Dans un communiqué au ton ferme publié ce 5 janvier 2025, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), Daouda Ngom, s’est insurgé contre une pratique grandissante : la « double casquette » de certains universitaires sénégalais, fonctionnaires à Dakar mais recrutés parallèlement dans la sous-région.
Si le communiqué officiel se garde de nommer explicitement un pays, tous les regards se tournent vers Conakry. En toile de fond, le vaste programme de recrutement lancé en juillet 2024 par la Guinée, qui a attiré de nombreux profils pointus sénégalais.

« Principe d’exclusivité »
Pour le ministre Daouda Ngom, la loi est claire et ne souffre aucune ambiguïté. S’appuyant sur la loi 61-33 du 15 juin 1961 relative au statut général des fonctionnaires, il a rappelé le « principe d’exclusivité de l’emploi dans la fonction publique ». En d’autres termes : être payé par l’État du Sénégal tout en émarger au budget d’un État étranger est proscrit, sauf dérogations très encadrées.
Le ministre a également invoqué la loi de 1981 sur le statut du personnel enseignant des universités pour dénoncer ces cumuls irréguliers. En conséquence, instruction a été donnée aux recteurs des universités publiques sénégalaises de lancer des vérifications pour identifier formellement les agents concernés.
Selon le journal sénégalais L’Observateur, la consigne est désormais tranchée : les enseignants recrutés ailleurs devront démissionner de la fonction publique sénégalaise ou renoncer à leur contrat à l’étranger.
L’attractivité de Dakar en question ?
Cette sortie musclée intervient alors que certains observateurs pointent une supposée « perte de vitesse » du système universitaire sénégalais face aux offres agressives de ses voisins. Une lecture balayée d’un revers de main par le ministre Ngom.
Refusant de parler de « fuite des cerveaux » liée à un manque d’attractivité, le ministre a tenu à défendre le standing de son pays : « Les universités sénégalaises se distinguent par la qualité de leur milieu académique et la valorisation constante des rémunérations, considérées comme parmi les plus élevées dans l’espace francophone d’Afrique subsaharienne », a-t-il martelé.
Le silence de Conakry
L’affaire prend une tournure délicate alors qu’un protocole de coopération universitaire et scientifique lie les deux nations depuis mai 2024. Si ce texte prévoit bien la mobilité des chercheurs, le ministre sénégalais précise que ses modalités d’application doivent encore être définies par un comité de suivi.
Pour l’heure, les autorités guinéennes n’ont pas réagi. Pour rappel, le ministère guinéen de l’Enseignement supérieur, piloté par Alpha Bacar Barry, avait lancé un appel d’offres international le 1er juillet dernier pour recruter 250 titulaires de doctorat (PhD), notamment en mathématiques, ingénierie et informatique. Une opportunité saisie par une soixantaine de Sénégalais, désormais contraints de faire un choix cornélien.