Conakry : La voix d’Aïssatou Diallo résonne comme un cri du cœur au lendemain d’une opération de déguerpissement menée sans préavis dans leur zone d’activités. Profondément affectées, plusieurs femmes commerçantes dénoncent la brutalité de l’intervention et l’absence d’information préalable, qui a entraîné la perte de leurs espaces de travail et de leurs biens.

« Nous sommes vraiment déçues. C’est nous qui avons chanté et dansé pour Mamadi Doumbouya, mais aujourd’hui, nos places et nos espaces ont été déguerpis sans même nous prévenir », témoigne Aïssatou Diallo. Selon elle, les forces de l’ordre sont intervenues avec des engins lourds, laissant derrière elles un paysage de désolation. « Les policiers sont venus avec des machines pour tout ravager. Ils n’ont rien laissé », déplore-t-elle.
Au-delà des dégâts matériels, ces femmes mettent en avant l’impact social et économique de l’opération. Beaucoup d’entre elles assurent être les principales soutiens financiers de leurs familles. « C’est nous, les femmes, qui travaillons. Nos maris ne travaillent pas, nos enfants sont dans des écoles privées et nous devons payer les frais de scolarité », explique-t-elle, soulignant la précarité soudaine dans laquelle se retrouvent de nombreux foyers. Certains jeunes, ajoute-t-elle, exercent des activités informelles comme la conduite de taxi-moto pour contribuer aux charges familiales.
Si ces commerçantes reconnaissent la légitimité des autorités à lutter contre l’occupation anarchique des espaces publics, elles dénoncent cependant la méthode employée. « Il fallait au moins avertir les gens afin qu’ils puissent se préparer et enlever leurs biens. Mais rien de tout cela n’a été fait », regrette Aïssatou Diallo, estimant que l’opération aurait pu être menée de manière plus humaine et concertée.
Cette situation relance le débat sur la gestion des déguerpissements urbains en Guinée, notamment sur la nécessité d’un dialogue préalable et de mesures d’accompagnement pour les acteurs de l’économie informelle, dont dépendent de nombreuses familles pour leur survie quotidienne.
