Guinée : Bah Oury défend la crédibilité de la présidentielle face aux critiques de l’opposition
Boycottant la présidentielle du 28 décembre, plusieurs figures de l’opposition, dont Cellou Dalein Diallo, mettent en cause la légitimité du scrutin, qu’ils qualifient de « boulevard » offert à Mamadi Doumbouya. Le Premier ministre Bah Oury réplique en vantant un processus électoral « profondément modernisé » et un vote « apaisé et maîtrisé ».
En refusant de participer à la présidentielle du 28 décembre dernier, une partie de l’opposition guinéenne a choisi de contester, a posteriori, la crédibilité du scrutin. Parmi les plus virulents, le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, estime que ce choix a ouvert « un boulevard » au chef de l’État, Mamadi Doumbouya, pour se maintenir au pouvoir.
Ces accusations trouvent un écho dans le camp gouvernemental, où l’on s’attache à défendre un processus présenté comme profondément rénové. Interrogé sur ces critiques, le Premier ministre, Bah Oury, a opposé un démenti ferme, affirmant que l’opposition a manqué le rendez-vous avec une élection organisée selon des standards, selon lui, en nette progression.
« Peut-être que tout le monde ne se réveille pas à la même heure, peut-être qu’au moment où ils devaient participer au processus électoral, ils étaient endormis », lance-t-il, non sans ironie, visant les opposants absents du scrutin. Selon lui, ceux-ci « n’ont pas vu la journée du 28 décembre, comment elle s’est passée un peu partout », s’attendant à des images de longues files d’attente qui, affirme-t-il, ne correspondent plus à la réalité actuelle de l’organisation du vote.
Un dispositif électoral présenté comme modernisé
Pour appuyer ses propos, Bah Oury met en avant l’architecture du dispositif mis en place pour cette présidentielle. Il évoque entre 23 000 et 24 000 bureaux de vote répartis sur le territoire, conçus, selon lui, pour fluidifier la participation et éviter les engorgements.
Le chef du gouvernement insiste sur la stabilité des lieux de vote et des procédures. Les électeurs, rappelle-t-il, votaient dans le même bureau où ils avaient été enrôlés sur le fichier électoral, récupéré leur carte, puis participé au référendum et désormais à la présidentielle. « Les gens étaient déjà dans un environnement où ils étaient suffisamment bien préparés », explique-t-il, ajoutant que les citoyens savaient « à quel moment » se rendre aux urnes « sans se précipiter ».
Cette organisation, affirme-t-il, explique l’absence de scènes de bousculade ou de files interminables devant les bureaux, sans que cela implique un défaut de mobilisation. Une réalité que, selon lui, une partie de l’opposition refuserait de reconnaître.
« Même Dieu a eu ses contradicteurs »
Face aux accusations de scrutin verrouillé, Bah Oury relativise et assume la critique comme inhérente à l’exercice du pouvoir. « Même Dieu a eu ses contradicteurs, ce n’est pas étonnant que nous aussi, nous ayons des contradicteurs qui nous confondent le jour et la nuit et qui confondent également les couleurs », lâche-t-il, dans une formule destinée à marquer les esprits.
Pour le Premier ministre, l’enjeu dépasse les personnes. Il invite les Guinéens à se « réapproprier » les avancées qu’il attribue au pays en matière d’organisation électorale. « Au-delà de ma personne, la Guinée, de manière collective, doit s’approprier tout ce qui a été fait de manière positive et tirer les leçons pour éviter les écueils », souligne-t-il, plaidant pour un processus capable de produire des résultats « conformes à l’attente de l’ensemble de la population ».
Vers une compétition d’idées plutôt que de violences
Bah Oury affirme vouloir inscrire les prochaines échéances dans un cadre qu’il souhaite résolument démocratique. Il insiste sur la nécessité de rompre avec une culture de confrontation physique autour des élections.
« Surtout, créer un climat démocratique, un climat où une élection n’est pas le lieu de confrontation physique, mais simplement de confrontation d’idées, de programmes et de projets », insiste-t-il. Selon lui, la présidentielle du 28 décembre aurait constitué une étape importante de cette évolution.
« Nous avons réussi », assure le chef du gouvernement, tout en promettant de poursuivre les efforts. Il appelle à un travail « collectif » pour que ces acquis soient « implémentés pour demain et après-demain », avec l’objectif affiché de « stabiliser les institutions démocratiques » et de « renforcer la justice démocratique à tous les niveaux ».
Face à ces assurances, l’opposition, restée à l’écart du scrutin, continue cependant de juger le processus biaisé et dominé par le pouvoir en place. Le fossé d’interprétation entre les deux camps illustre l’ampleur du défi à relever pour parvenir à un consensus minimal sur les règles du jeu électoral en Guinée.