Fodé Bangoura face à Mamadi Doumbouya : « Votre personne s’efface désormais derrière la fonction »
Au-delà du protocole, c'est un véritable rappel à l'ordre constitutionnel qu'a livré Fodé Bangoura ce samedi. Après avoir reçu le serment de Mamadi Doumbouya, le président de la Cour suprême a exhorté le nouveau chef de l'État à s'effacer derrière sa fonction et à faire de la loi, plutôt que de la force, sa seule boussole.
L’instant était solennel, le ton grave. Ce samedi 17 janvier, alors que la Guinée entérinait l’investiture de Mamadi Doumbouya à la magistrature suprême, le président de la Cour suprême, Fodé Bangoura, a profité de cette tribune pour tracer les lignes rouges du nouveau mandat. Loin des simples félicitations d’usage, le haut magistrat a rappelé au président l’immensité de la charge qui lui incombe désormais sous l’empire de la Constitution de 2025.
« Votre personne s’efface derrière la fonction »
Pour Fodé Bangoura, l’accession au pouvoir suprême exige une mue personnelle. Le président de la Cour a insisté sur la nécessité pour Mamadi Doumbouya de devenir le « symbole vivant de l’unité nationale » dans un pays encore marqué par ses fractures.
« Votre personne s’efface derrière la fonction pour assurer la continuité de l’État », a-t-il martelé. Une manière de signifier que le Chef de l’État ne s’appartient plus et qu’il doit désormais agir comme le « rempart ultime » et le « garant intransigeant » de l’indépendance et de l’intégrité du territoire.
La Constitution comme unique boussole
Dans son allocution, le magistrat a placé la loi fondamentale au-dessus de tout. En qualifiant Mamadi Doumbouya de « gardien de la loi fondamentale », il lui a rappelé que sa « première allégeance va à la Constitution ».
Ce rôle d’arbitre suprême impose au chef de l’Exécutif de veiller à l’équilibre subtil entre les pouvoirs. « Il vous revient d’assurer le fonctionnement régulier et harmonieux des pouvoirs publics », a souligné Fodé Bangoura, invitant le président à garantir que l’exécutif, le législatif et le judiciaire concourent tous au bien commun.
« La force doit rester l’alliée de la légalité »
Le message le plus percutant concernait sans doute les prérogatives militaires du chef de l’État. S’adressant au « Chef suprême des armées », Fodé Bangoura a reconnu les pouvoirs exceptionnels de gestion de crise conférés par la Constitution, tout en posant une limite claire.
« N’oubliez pas qu’ils demeurent strictement encadrés par le droit, car la force doit toujours rester l’alliée de la légalité », a-t-il averti. Un rappel crucial sur l’usage de la force publique, invitant le président à user de son pouvoir de nomination — du Premier ministre aux officiers généraux — avec le plus grand « discernement ».