Tensions sur les visas : Conakry minimise la menace et assure que « 99 % des Guinéens ne veulent pas aller en Europe »
Face aux menaces de durcissement des conditions de délivrance de visas pour les Guinéens, le ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a averti les diplomates européens que la Guinée appliquera strictement le principe de réciprocité. Tout en se disant ouvert au dialogue, il a appelé à un traitement « digne » des ressortissants guinéens en situation irrégulière en Europe.
Le ton est monté entre Conakry et Bruxelles sur la question sensible des visas et des retours de migrants. Lors d’une rencontre avec les représentants de l’Union européenne et plusieurs diplomates européens en poste à Conakry, le ministre guinéen des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a réagi fermement aux menaces de l’UE de restreindre l’octroi de visas aux citoyens guinéens.
La réunion, organisée au siège du ministère des Affaires étrangères, s’inscrit dans un contexte de tensions autour de la coopération migratoire, en particulier sur le rapatriement des Guinéens en situation irrégulière sur le sol européen.
Selon le chef de la diplomatie guinéenne, des informations relayées dans la presse font état de pressions européennes conditionnant la délivrance de visas à une plus grande coopération de Conakry en matière de retours. « J’ai lu dans la presse que l’Union européenne menace la Guinée, parce que si la Guinée ne fait pas ceci, on ne donnera pas de visas aux Guinéens », a-t-il dénoncé.
Morissanda Kouyaté a aussitôt brandi la menace de mesures de rétorsion. « On va appliquer l’article 25, les visas vont durer. Si les visas durent, les nôtres aussi dureront chez vous », a-t-il prévenu, soulignant que « 99 % des Guinéens ne veulent pas aller en Europe ». À ses yeux, les menaces de restriction de visas ne constituent donc pas un moyen de pression efficace sur Conakry : « C’est une infime partie qui veut partir. Donc, ça ne nous effraie pas », a-t-il insisté à la télévision nationale.
Le ministre a toutefois dit regretter la perspective d’un bras de fer ouvert avec Bruxelles : « Ce serait malheureux qu’une institution aussi importante dans le monde soit en conflit avec notre pays. Ce n’est bon ni pour l’Union européenne ni pour la Guinée. Évitons cela. Travaillons, rien ne sera restreint », a-t-il plaidé, appelant à privilégier la concertation.
De son côté, l’ambassadeur de l’Union européenne en Guinée, Xavier Sticker, a adopté un ton plus conciliant. Il a affirmé la volonté de l’UE de dépasser le constat des blocages et de « définir des solutions qui permettent de résoudre les difficultés ».
« Nous sommes heureux de cette occasion que vous nous donnez d’avoir cette session », a-t-il déclaré, ajoutant : « Nous aspirons à une coopération efficace avec la Guinée, y compris sur ce sujet de migration et de retour des Guinéens en situation illégale en Europe ».
Au-delà du dossier des visas, Morissanda Kouyaté a insisté sur la nécessité de traiter la question des retours de manière respectueuse. « Nous allons travailler avec vous pour trouver des solutions pragmatiques (…) mais à la limite de la dignité de nos concitoyens », a-t-il assuré, exhortant les partenaires européens à concilier impératifs de contrôle migratoire et respect des droits fondamentaux des Guinéens concernés.