Fête de l’Indépendance : Alpha Condé appelle à restaurer l’ordre constitutionnel et dresse un bilan critique de la transition
Dans une adresse à la nation à l’occasion du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, l’ancien président Alpha Condé revient sur les acquis de son passage au pouvoir, reconnaît certaines insuffisances et critique sévèrement la gestion du pays depuis le 5 septembre 2021. Il appelle à la restauration d’un ordre constitutionnel civil et démocratique.
Conakry, 2 octobre 2026 – À l’occasion du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Guinée, l’ancien président Alpha Condé a livré une adresse à la nation consacrée à l’histoire politique du pays, au bilan de son passage à la tête de l’État entre 2010 et 2021, ainsi qu’à la situation politique et institutionnelle depuis le coup d’État du 5 septembre 2021.
Dans son intervention, Alpha Condé rappelle que le 2 octobre 1958 constitue une date fondatrice de l’histoire nationale. Selon lui, l’indépendance appartient à l’ensemble du peuple guinéen et ne saurait être revendiquée par une génération, un parti politique ou un régime particulier.
Le bilan de la décennie 2011-2021
Revenant sur son arrivée au pouvoir à la fin de l’année 2010, l’ancien chef de l’État estime que la Guinée sortait alors d’une longue période d’instabilité, marquée notamment par d’importants déséquilibres économiques, un déficit d’infrastructures et un accès limité à l’électricité.
Il met en avant les réformes économiques et financières engagées durant son mandat, notamment celles ayant conduit à l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés, avec un allégement de dette qu’il estime à environ 2,1 milliards de dollars.
Alpha Condé cite également les infrastructures énergétiques, notamment les barrages de Kaléta et de Souapiti, ainsi que les investissements routiers et les réformes du secteur minier engagées avec l’adoption du Code minier de 2011.
Il évoque par ailleurs les négociations autour du projet Simandou et le projet de port en eau profonde de Moribaya, présenté comme l’un des éléments structurants de la stratégie de développement économique de l’époque.
Sur le plan macroéconomique, il rappelle qu’en 2020, malgré les conséquences de la pandémie de Covid-19, la croissance économique guinéenne avait atteint environ 7,1 %. Il mentionne également les données de la Banque mondiale faisant état d’un recul du taux de pauvreté monétaire, de 48,5 % en 2014 à 43,7 % en 2018.
Reconnaissance des insuffisances et hommage aux victimes
Tout en défendant les acquis de sa gouvernance, Alpha Condé reconnaît que la période 2011-2021 a également été marquée par de fortes tensions politiques et sociales.
Il évoque notamment les manifestations meurtrières, les arrestations et les accusations d’usage excessif de la force. L’ancien président déclare s’incliner, au nom de l’État guinéen, devant la mémoire des victimes de ces épisodes.
Pour lui, l’analyse de cette période doit associer reconnaissance des réalisations et examen des insuffisances, afin de permettre une lecture plus complète de l’histoire récente de la Guinée.
Une critique sévère de la période postérieure au 5 septembre 2021
Abordant la situation politique depuis le renversement de son régime, Alpha Condé qualifie le 5 septembre 2021 de rupture de l’ordre constitutionnel.
Il estime que les engagements annoncés par les nouvelles autorités en matière de refondation de l’État, de lutte contre la corruption, de justice, de défense des droits et de retour à l’ordre constitutionnel doivent être confrontés aux réalités observées depuis cette date.
L’ancien président fait notamment référence aux rapports d’organisations internationales de défense des droits humains faisant état, selon lui, de restrictions de l’espace civique, d’interdictions de manifestations, d’arrestations de journalistes et d’opposants, de fermetures ou suspensions de médias et de cas de disparitions forcées.
Il rappelle également la décision annoncée en octobre 2024 concernant la dissolution de 107 partis politiques et le placement de 67 autres sous observation.
Libertés publiques, justice et ressources nationales
Dans son adresse, Alpha Condé insiste sur la nécessité de préserver les libertés publiques et les mécanismes institutionnels de contrôle.
« La liberté n’est pas un privilège. La presse libre n’est pas une faveur », affirme-t-il, appelant à une justice indépendante et à une gestion des ressources naturelles placée sous le contrôle des institutions nationales.
L’ancien président estime que la souveraineté politique doit nécessairement s’accompagner d’une souveraineté économique et institutionnelle, dans un cadre civil et démocratique.
Simandou au cœur des enjeux économiques
Le potentiel minier guinéen occupe également une place importante dans son discours. Alpha Condé rappelle que la possession de ressources naturelles ne constitue pas, à elle seule, une garantie de prospérité.
Il estime que les revenus miniers doivent contribuer à la création d’emplois, au développement industriel, à l’amélioration des infrastructures, à l’éducation, à la santé et à l’accès à l’électricité.
À propos de Simandou, il appelle notamment à davantage de transparence et de contrôle institutionnel dans la gestion des ressources nationales.
Un appel à la restauration de l’ordre constitutionnel
Dans la dernière partie de son adresse, Alpha Condé appelle à renforcer l’unité nationale et à œuvrer à la restauration d’un ordre constitutionnel civil et démocratique.
Il considère que le 2 octobre doit être l’occasion de regarder l’histoire nationale avec lucidité, en reconnaissant à la fois les réalisations, les erreurs et les violations documentées.
L’ancien président conclut son message par un appel à la construction d’une République dans laquelle aucun citoyen ne serait « au-dessus de la loi ni en dessous de la dignité ».
Pour Alpha Condé, 68 ans après l’indépendance, la responsabilité de la génération actuelle consiste à transmettre aux générations futures une Guinée plus juste, plus forte et plus prospère, où les richesses naturelles profitent à l’ensemble de la population.
Il termine son adresse en souhaitant une bonne fête de l’Indépendance à l’ensemble des Guinéennes et des Guinéens.
Alpha Condé
Ancien président de la République de Guinée