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Matoto : le déguerpissement des occupations anarchiques divise autorités et populations

Par Morlaye Damba

Une opération de déguerpissement des occupations anarchiques est en cours dans la commune de Matoto, l’une des zones les plus stratégiques de Conakry. Menée sur instruction des autorités nationales, cette action vise à libérer les ronds-points et carrefours envahis par des activités commerciales informelles, afin de fluidifier la circulation et améliorer l’image de la capitale.

Selon Moussa Diallo, président de la délégation spéciale de Matoto, cette initiative s’inscrit dans une dynamique nationale d’assainissement urbain. Il explique que plusieurs ronds-points étaient devenus impraticables, provoquant d’importants embouteillages et mettant en danger piétons et automobilistes. « Des places sont disponibles à l’intérieur des marchés, mais certaines commerçantes refusent de s’y installer », souligne-t-il, appelant à la responsabilité collective pour préserver les espaces publics et empêcher toute réoccupation anarchique.

Sur le terrain, cependant, l’opération suscite de vives réactions parmi les personnes touchées. Aboubacar Sidiki Sylla, propriétaire d’un centre de prestations à la Tannerie, déplore un déguerpissement effectué sans information préalable, malgré le paiement régulier du cadastre, des impôts et des taxes. Il affirme que l’absence de notification l’a empêché de démonter ses installations à temps, occasionnant d’importantes pertes matérielles. Parmi les dégâts enregistrés figurent une machine A0 estimée à plus de 80 millions de francs guinéens et des installations dont la construction a coûté plus de 35 millions de francs guinéens. Cette destruction a également entraîné la perte d’emplois pour cinq travailleurs. Tout en reconnaissant la volonté de l’État d’embellir la ville, il appelle les autorités à venir en aide aux victimes.

Même constat chez Saran Camara, restauratrice, qui affirme avoir découvert le déguerpissement de son lieu d’activité à son retour, sans avoir été informée au préalable. Malgré ses démarches pour récupérer ses biens, elle dit n’avoir obtenu aucune autorisation. Profondément affectée, elle se résigne au respect de la loi, tout en rappelant que son activité faisait vivre plusieurs personnes, notamment des femmes et des enfants.

D’autres victimes adoptent toutefois une position plus conciliante. Kadiatou Nassirou Conté, vendeuse de fruits, dit soutenir les autorités malgré les pertes subies. « La loi est dure, mais c’est la loi. Ce déguerpissement est aussi une manière de sauver des vies et de prévenir les accidents », affirme-t-elle, tout en sollicitant l’appui des autorités pour l’attribution de nouveaux espaces commerciaux, faute de places suffisantes dans les marchés.

Si l’opération de déguerpissement à Matoto est présentée par les autorités comme une nécessité pour l’ordre urbain et la sécurité routière, elle met également en lumière les défis liés à l’information préalable, à l’accompagnement social et à la reconversion des personnes affectées. Des questions qui restent au cœur des attentes des populations concernées.

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