Assemblée nationale : Ousmane Sonko recentre le débat sur la protection de la vie privée et fustige les « dérives » autour de l’affaire du VIH
Interpellé lors de la séance des questions d’actualité à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Ousmane Sonko a choisi, mardi, de déplacer le débat du terrain politicien vers celui de la protection des citoyens et du respect de la vie privée, sur fond de polémique liée à une affaire de supposée transmission volontaire du VIH.
Dès le début de sa prise de parole, le chef du gouvernement a tenu à prendre ses distances avec le député Abdou Mbow, à l’origine de l’interpellation, qu’il a qualifié de « téméraire ». « Je ne parle pas à Abdou Mbow, je parle aux Sénégalais », a-t-il lancé, affirmant vouloir « élever le niveau du débat » au-delà des clivages partisans.
Ousmane Sonko a par ailleurs révélé avoir saisi, la veille, le président de l’Assemblée nationale au sujet d’un projet de loi qu’il dit porter personnellement. « C’est le premier projet que je porte moi-même et j’assume entièrement », a-t-il insisté, sans en détailler pour l’instant le contenu, mais en le liant clairement aux questions de protection des droits et de la vie privée.
Un débat sur l’homosexualité jugé instrumentalisé
Revenant sur la question sensible de la criminalisation de l’homosexualité, le Premier ministre a appelé à la prudence. « Ceux qui ignoraient le sujet hier doivent se taire », a-t-il déclaré, affirmant qu’à l’issue de discussions préalables, il est apparu qu’« on peut avoir mieux » qu’une approche législative précipitée.
Il a en outre accusé certains acteurs de l’opposition d’exporter le débat sur la scène internationale en laissant entendre que l’État sénégalais « récrimine les homosexuels ». Une attitude qui, selon lui, expose le pays à « des pressions extérieures » et à des « campagnes de dénigrement ».
Indignation face à la divulgation de statuts sérologiques
C’est toutefois la médiatisation de l’affaire de la supposée transmission volontaire du VIH qui a concentré l’essentiel de son indignation. Ousmane Sonko a dénoncé avec vigueur la publication, dans certains médias, du statut sérologique de personnes mises en cause.
« Comment peut-on divulguer le statut de séropositivité d’autrui dans la presse ? », s’est-il insurgé, évoquant des conséquences dramatiques pour les intéressés. « Les personnes incriminées dans cette affaire, leurs enfants n’ont plus le courage d’aller à l’école. Ce sont des familles qui sont détruites », a-t-il déploré, estimant que « ce qui se passe dans ce pays est inadmissible ».
Le Premier ministre a également dénoncé les « excès » observés « dans la rue » et dans certains espaces publics, appelant à davantage de retenue et au respect strict du droit, tant par les acteurs politiques que par les militants et les médias.
Mise en garde aux activistes et rappel du rôle de l’État
Sans le nommer directement, Ousmane Sonko a visé l’activiste Mame Mactar Guèye, connu pour ses prises de position sur l’homosexualité. « Il y a des gens qui croient être les élus habilités à parler du sujet de l’homosexualité. Ils en font trop », a-t-il fustigé. « Rien ne les autorise à publier les noms des gens sous prétexte qu’ils sont homosexuels », a-t-il ajouté, rappelant que la gestion de ces questions relève du domaine régalien.
Le chef du gouvernement a indiqué avoir demandé au ministère de l’Intérieur de retirer la sécurité qui aurait été mise à la disposition de cet activiste, estimant que l’État ne saurait cautionner des initiatives individuelles qu’il juge « excessives ».
Par cette intervention, Ousmane Sonko entend se poser en défenseur de la protection de la vie privée et du respect de la dignité des personnes, tout en recadrant un débat national particulièrement inflammable, à la croisée des enjeux moraux, juridiques et diplomatiques.