Conakry : Lancement du Forum national sur la menstruation pour briser les tabous autour de la santé menstruelle
Par Morlaye Damba
La salle CAMES de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry a accueilli le lancement du Forum national sur la menstruation, une initiative portée par l’ONG AFFIG dans le but de sensibiliser l’opinion publique sur les défis liés à la santé menstruelle des jeunes filles en Guinée.
À l’ouverture des travaux, la présidente de l’ONG AFFIG, Mme Batrou Cissoko, a rappelé que son organisation intervient depuis plus de six ans dans le domaine de la santé menstruelle et reproductive. À travers des campagnes de sensibilisation, des activités d’encadrement et des distributions de kits hygiéniques, l’ONG accompagne les adolescentes confrontées à des difficultés en milieu scolaire.
Dans son allocution, elle a dénoncé les conséquences du manque d’accès aux protections hygiéniques et aux infrastructures sanitaires adaptées dans plusieurs établissements scolaires du pays.
« Beaucoup de jeunes filles abandonnent les cours à cause des moqueries, de l’absence de toilettes adaptées ou encore du manque de serviettes hygiéniques », a expliqué Mme Cissoko.
Selon elle, la mauvaise gestion des menstruations expose également certaines adolescentes et femmes à des infections ainsi qu’à d’autres complications sanitaires souvent aggravées par le silence et les tabous qui entourent cette question dans la société guinéenne.
À travers ce forum national, l’ONG AFFIG souhaite attirer l’attention des autorités nationales et des partenaires internationaux sur l’urgence d’agir en faveur de la santé menstruelle. L’initiative vise aussi à encourager une meilleure communication entre parents et enfants, tout en impliquant les leaders religieux, les communautés et les acteurs éducatifs dans la lutte contre les préjugés.
Mme Batrou Cissoko a également fait part de son inquiétude après des visites effectuées récemment dans plusieurs établissements scolaires de Yimbaya. Elle affirme que de nombreuses élèves ignorent encore le fonctionnement du cycle menstruel, malgré les notions prévues dans les programmes éducatifs.
Face à ce constat, elle a appelé les autorités éducatives à intégrer davantage l’éducation sexuelle et reproductive dans les écoles et universités afin de mieux informer les jeunes.
Dans le cadre de ses activités, l’ONG AFFIG prévoit cette année la distribution de 3 000 serviettes hygiéniques grâce à l’appui de partenaires, d’institutions publiques et privées ainsi que de plusieurs personnes ressources engagées dans cette cause.
Le forum a également été marqué par le témoignage émouvant de Maïmouna, élève au groupe scolaire Djibril Tamsir Niane. La lycéenne a décrit les difficultés auxquelles faisaient face plusieurs filles de son école avant l’intervention de l’ONG.
« Certaines élèves préféraient rester à la maison pendant leurs règles par peur des moqueries ou faute de protections hygiéniques », a-t-elle confié.
Elle a toutefois salué les changements observés depuis l’installation d’un kiosque d’accès aux serviettes hygiéniques dans son établissement. Selon elle, cette initiative permet désormais aux jeunes filles de vivre leurs menstruations avec plus de dignité, de confiance et de sérénité.
Maïmouna a également souligné l’impact positif des séances de sensibilisation organisées par l’ONG AFFIG, qui ont permis aussi bien aux filles qu’aux garçons de mieux comprendre les enjeux liés aux menstruations et de favoriser une évolution des mentalités au sein de l’école.

En conclusion, la lycéenne a lancé un appel pour l’extension de ce programme dans toutes les écoles du pays, estimant qu’aucune fille ne devrait être privée d’éducation à cause de ses menstruations.