Fatou Baldé Yansané recadre le débat : « Le féminisme n’est ni un slogan, ni une guerre des sexes »
Dans un contexte où le féminisme fait l’objet d’interprétations parfois conflictuelles, l’actrice de la société civile Fatou Baldé Yansané appelle à revenir à sa définition centrale : un combat pour l’égalité, encadré par des textes et conventions, qui ne s’oppose pas aux hommes et n’exige pas des femmes qu’elles renoncent à leur féminité.
Le féminisme continue d’alimenter discussions, controverses et malentendus dans l’espace public. Pour Fatou Baldé Yansané, engagée dans la société civile et la défense des droits des femmes, l’urgence est de recentrer le débat sur le fond : la lutte féministe, insiste-t-elle, vise d’abord la fin des discriminations et la promotion de l’égalité, et ne devrait pas être assimilée à une hostilité envers les hommes.
Selon l’activiste, le terme « féminisme » est aujourd’hui fréquemment détourné de son sens. « Le féminisme ne doit pas enlever la féminité aux femmes. Aujourd’hui, le mot féminisme est parfois galvaudé, déformé ou utilisé pour faire passer des comportements qui n’ont rien à voir avec la défense des droits des femmes », déplore-t-elle. À l’en croire, certaines prises de parole, parfois virales, brouillent la compréhension d’un combat qui repose pourtant sur des bases juridiques et institutionnelles solides.
Des fondements juridiques et internationaux, au cœur de la cause
Pour Fatou Baldé Yansané, défendre les droits des femmes ne se limite ni à des positions de principe ni à des formules. Le féminisme, rappelle-t-elle, s’appuie sur un ensemble de normes, de conventions et d’engagements internationaux reconnaissant aux femmes le droit de dénoncer les violences, les inégalités, les discriminations et les situations de vulnérabilité.
Elle cite notamment le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, plus connu sous le nom de Protocole de Maputo, adopté le 11 juillet 2003. Ce texte, souligne-t-elle, constitue un instrument majeur sur le continent pour la protection des droits des femmes, l’égalité et la participation à la vie politique et sociale.
Autre référence mise en avant : la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée le 31 octobre 2000, qui reconnaît le rôle des femmes dans la prévention et la résolution des conflits, les négociations de paix, la consolidation de la paix et la reconstruction post-conflit. Cette résolution, rappelle-t-elle, a été complétée par d’autres textes formant aujourd’hui le cadre international « Femmes, Paix et Sécurité ».
« Être féministe, ce n’est pas détester les hommes »
Dans son intervention, Fatou Baldé Yansané insiste sur une ligne qu’elle juge essentielle : le féminisme ne doit pas être présenté comme une opposition frontale aux hommes. « Être féministe, ce n’est pas détester les hommes. Ce n’est pas les insulter. Ce n’est pas les exclure. Ce n’est pas mener une guerre des sexes », affirme-t-elle.
Pour elle, l’objectif est ailleurs : égalité des droits, égalité des chances, équité, dignité, et un accès effectif des femmes à la protection et aux opportunités, en s’appuyant sur des instruments reconnus. Elle insiste aussi sur l’importance de la formation et de la connaissance des mécanismes institutionnels qui structurent ce combat, indiquant avoir elle-même consacré des années à se former auprès du PNUD, du système des Nations unies et d’autres institutions spécialisées.
Féminisme et féminité : « aucune contradiction »
L’activiste rejette enfin l’idée, encore répandue dans certains débats, selon laquelle l’engagement féministe obligerait les femmes à renoncer à leur identité ou à leur féminité. « On peut être profondément féministe, défendre les droits des femmes et rester pleinement femme », soutient-elle.
Au-delà des querelles sémantiques, Fatou Baldé Yansané résume le cœur du sujet : l’enjeu n’est pas d’opposer femmes et hommes, mais de bâtir une société dans laquelle les droits, les chances et la dignité de chacun sont reconnus et protégés. Une manière, pour elle, de rappeler que le féminisme, dans son sens premier, est un projet d’égalité et de justice, pas un instrument de fracture sociale.