AFRIKENTREPRENEURS.COM
La Vraie Information, c'est ICI

Sidya Touré, mort en exil : l’hommage tardif d’une Guinée qui l’a poussé dehors

0

Sidya Touré est mort à l’étranger. Ce simple fait, à lui seul, dit beaucoup de la Guinée qu’il a servie et de celle qui n’a pas su, ou pas voulu, le garder.

Né en 1945, formé aux affaires publiques lors d’une longue carrière de haut fonctionnaire en Côte d’Ivoire avant de rentrer au pays dans les années 1990, Sidya Touré n’a jamais été un politicien de tribune avant d’être un gestionnaire. C’est bien le technocrate, et non le tribun, que le président Lansana Conté appelle à la Primature le 9 juillet 1996, dans une Guinée alors en pleine crise socio-économique. Jusqu’en mars 1999, son passage à la tête du gouvernement se concentre sur des chantiers arides mais essentiels : redressement des finances publiques, restructuration de l’administration, amélioration de la fourniture d’eau et d’électricité à Conakry. Le réformateur précède le politique – c’est seulement en mai 2000 qu’il fonde sa propre légende partisane en prenant la présidence de l’Union des forces républicaines (UFR), qu’il conduira à deux reprises à la présidentielle, en 2010 et en 2015.

Ce parcours de bâtisseur méritait mieux qu’une fin d’exil.

Une résidence, un exil, un silence

Le 28 février 2022, sur ordre du Patrimoine bâti de l’État, Sidya Touré est contraint de quitter sa résidence de La Minière, à Conakry — un bien qu’il affirmait avoir acquis légalement dès 1996, décret présidentiel et vote à l’Assemblée nationale à l’appui. Les autorités du CNRD, elles, ont justifié la mesure au nom d’une vaste opération de récupération des « domaines de l’État », engagée après le coup d’État de septembre 2021. Le contentieux ira jusqu’à la Cour suprême, qui annulera in fine le décret d’attribution. Reste qu’à l’issue de cette procédure, l’ancien Premier ministre se retrouve sans domicile en Guinée. Il s’installe en Côte d’Ivoire, où il vivra les quatre dernières années de sa vie, dirigeant son parti à distance –  jusqu’à sa réélection à la tête de l’UFR en mai 2025, pour un mandat que la formation ne verra jamais aboutir : dissoute le 6 mars 2026 avec trente-neuf autres partis, l’UFR disparaît institutionnellement quelques mois avant son fondateur.

C’est dans cet éloignement forcé que Sidya Touré est mort, vendredi 25 septembre 2026, à Paris.

Les larmes d’aujourd’hui interrogent les décisions d’hier

Il y a, dans les hommages qui s’annoncent, une question que la bienséance du deuil ne devrait pas dispenser de poser : comment concilier les égards rendus à la mémoire d’un homme d’État avec le traitement réservé, de son vivant, à l’opposant ? On ne peut à la fois avoir précipité le départ d’un ancien chef de gouvernement de sa propre maison, avoir dissous le parti qu’il avait rebâti et présidé pendant plus de vingt-cinq ans, et se draper au lendemain de sa mort dans la solennité du deuil national sans que la contradiction saute aux yeux. Les autorités actuelles ont leur version : ” une opération légale de récupération d’un bien public, tranchée par la justice. Mais le résultat, lui, ne souffre pas de contestation – un ancien Premier ministre de la République a fini ses jours loin de sa terre, faute d’y avoir eu un toit.

La Guinée pleure aujourd’hui un réformateur et une figure historique de son opposition. Elle devrait aussi, en toute honnêteté, s’interroger sur les circonstances qui l’ont conduit à mourir ailleurs.

Repose en paix cher aîné

Puisse Dieu dans miséricorde t’accorder son pardon céleste et t’accueillir dans son paradis.

Thierno Hamidou Bah (Frère Bah).

Consultant – Formateur.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

error: Contenu protégé!!