Guinée 62 : “ le premier régime a été fondé sur la dictature, l’injustice d’Etat et les humiliations“ Dr Faya Milimouno

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Par Faya Lansana MILLIMOUNO, Ph.D., Président du Bloc Liberal (BL)
Conakry, le 2 Octobre 2020

Guinéennes et Guinéens,
Chers compatriotes,

Aujourd’hui, 02 octobre 2020, marque le 62ème anniversaire de l’accession de notre pays à l’indépendance politique. Cette date commémorative nous donne l’opportunité de revisiter notre passé sans complaisance ni gêne.

Malgré l’espoir de rédemption politique, sociale et économique suite à notre « NON » à la coopération franco-africaine en 1958, notre pays a connu des difficultés croissantes sous les régimes successifs : dans sa globalité, le premier régime a été un véritable cauchemar pour les Guinéens. Il a été fondé sur la dictature, l’injustice d’Etat et les humiliations ; tous faits qui ont contraint nombre de nos compatriotes à un exil parfois temporaire voire définitif. Malgré ce tableau très sombre, on aura quand même retenu de ce premier régime son implication très honorable dans la décolonisation du continent noir et sa capacité de résistance face à la volonté de déstabilisation dont ont fait montre l’ancien colonisateur et certains pays voisins. Pour avoir dirigé notre pays pendant ces moments d’adversité, il faut rendre hommage au premier président de la Guinée independante.

Quant au deuxième régime, qui a prévalu de 1984 à 2008, il a été principalement caractérisé par le laxisme administratif, le libertinage économique ; une réalité qui a accru la misère socioéconomique de la majorité des Guinéens. Toutefois, la responsabilité de ces difficultés a incombé largement à l’élite guinéenne qui occupait les fonctions de hauts commis de l’Etat. En effet, ces citoyens qui avaient la réputation d’être des technocrates se sont livrés à la corruption et aux détournements ; bref à toutes les formes d’enrichissement illicites. C’est pourquoi, vous me permettrez de rendre hommage au feu Général Lansana Conté qui, malgré certaines carences de son leadership, a fait montre de patriotisme et d’attachement à l’unité nationale. Il avait pour leitmotive cette phrase à l’endroit de ses collaborateurs, notamment ceux qui assumaient des fonctions ministérielles : «si ce que vous me proposez est dans l’intérêt de la Guinée, alors faites-le ». On est porté à croire qu’Il entendait ainsi dire à ces cadres de servir inclusivement l’intérêt supérieur de notre pays. Malheureusement, tel n’a pas été le cas au vu du bilan de 24 ans de gestion calamiteuse que ce régime a légué aux Guinéens.

Chers compatriotes

Actuellement, nous sommes confrontés au plus grand défi politique de notre histoire : la pratique de la parodie de démocratie sous le régime du Président Alpha Condé. Le caractère potiche de cette soi-disant démocratie transparait dans l’étouffement des libertés, les irrégularités qui caractérisent les différentes élections, la concentration des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire dans les mains de Monsieur Alpha Condé. Pire, le pervertissement de la démocratie s’est empiré par le biais du double scrutin tenus le 22 mars 2020, dans le dessein d’octroyer un Troisième Mandat, voire même une présidence à vie à Monsieur Alpha Condé. Ces manœuvres de musellement de la presse et des libertés individuelles et collectives, cette volonte de cristallisation des pouvoirs dans le sein de l’exécutif, ce tripatouillage des élections et la violation de la Constitution sont antinomiques à l’essence de la démocratie.

En plus de son comportement antidémocratique, le régime de Monsieur Alpha Condé s’est rendu coupable de dilapidation des ressources minières du pays et de spoliation du système économique. Il a institutionnalisé la corruption à un niveau sans précédent dans l’histoire de notre pays. Les marchés d’états sont passés de gré-à-gré, au mépris des procédures de passation édictée en la matière. Le président et ses acolytes se servent à partir du coffre public comme si c’était leurs cagnottes personnelles. Le népotisme est institutionnalisé au détriment de la compétence… Conséquemment, une gabegie multidimensionnelle s’institue de manière systémique à tous les niveaux de l’État. Les secteurs qui constituent les moteurs du développement socioéconomiques sont laissés dans un quasi-abandon : agriculture, énergie, industrie, infrastructures routières et de communication.

Sur le plan de la gestion du social, le régime s’évertue à instrumentaliser la dynamique ethno-régionale afin de déchirer davantage le tissu social. Pire, le régime se distingue particulièrement par le piétinement des valeurs socioculturelles propres à nos communautés. Sur sa commandite, les sages des quatre coordinations régionales sont séquestrés et humiliés dans le domicile d’Elhadj Sékhouna Soumah, la plus haute autorité sociale de la Basse Côte !

Chers compatriotes,

L’histoire retiendra que c’est sous le régime de Monsieur Alpha Conde que l’injure publique, jadis inimaginable, a été érigée en valeur cardinale avec la complicit

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