Depuis son exil, Laurent Gbagbo rompt dix ans de silence à deux jours de la présidentielle ivoirienne

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L’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo a rompu le silence hier jeudi 29 octobre dans un entretien qu’il a accordé à nos confrères de TV5 Monde. En exile à Bruxelles depuis que la Cour pénale internationale (CPI) l’a acquitté en première instance, le patron du FPI, a dissipé une partie du mystère autour de ses intentions et de sa situation, deux jours avant une élection où les positions ne cessent de se durcir entre le président Ouattara et ses opposants.

« J’attendais d’être de retour dans mon pays avant de parler mais, aujourd’hui, la date du 31 octobre approche. (…) Je vois que les querelles nous amènent dans un gouffre et en tant qu’ancien président, ancien prisonnier de la CPI, si je me tais ce n’est pas responsable », précise-t-il pour justifier sa prise de parole. Plus d’une demi-heure d’entretien où s’expriment son désir inassouvi de rentrer en Côte d’Ivoire, sa volonté de demeurer dans le jeu politique et son inimitié à l’égard d’Alassane Ouattara, candidat à un troisième mandat que l’opposition juge contraire à la Constitution.

« Je suis résolument dans l’opposition », prévient Laurent Gbagbo à l’endroit de ceux qui pouvaient en douter. La colère exprimée par une partie de la population ? « Je la comprends et je la partage. Je pense que l’un des problèmes politiques en Afrique, c’est que l’on écrit des textes sans y croire. On écrit dans la Constitution que le nombre de mandats est limité à deux. (…) Si on écrit une chose et on en fait une autre, on assiste à ce qui arrive en Côte d’Ivoire aujourd’hui. »

La solution préconisé par Laurent Gbagbo est, dit-il, est le même que celui qu’il proposait dès sa première candidature contre Félix Houphouët-Boigny en 1990 : « Je n’ai jamais cessé de dire : asseyons-nous et discutons. Avec la négociation, on règle beaucoup de problèmes. » Un viatique qu’il ne cesse de marteler tout au long de l’entretien. « Il est toujours temps de se parler », dit-il.

S’il entend renouer le dialogue, il ne se prive pas de lancer quelques flèches sur celui qui l’a fait tomber de ce fauteuil présidentiel qu’il ne voulait pas quitter en 2010. « J’ai été candidat [à l’élection de ce 31 octobre]. Nous étions 44. On a rejeté 40 candidatures. Je trouve ça un peu enfantin. Je pense que tous ceux qui veulent être candidat doivent être candidat. On ne doit pas multiplier les obstacles sur la route des candidatures. »

Selon son constat, quarante ans après l’avènement du multipartisme, « on a fait beaucoup de progrès. Mais, depuis dix ans, tous les progrès en matière de démocratie sont en train de s’écrouler ». Une lecture de l’histoire qui a aussi le mérite d’oublier certaines pages sombres de sa présidence.

Aissata Keita

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