Soudan : Abdallah Hamdok retrouve son poste de Premier ministre un mois après le coup d’État

Abdallah Hamdok a tenu un bref discours aux côtés du général Burhane, chef de l’armée et auteur du putsch. Les deux hommes se sont dit engagés à remettre sur les rails la transition vers la démocratie lors de la cérémonie de signature au palais présidentiel devant lequel des milliers de manifestants anti-putsch manifestaient.

Avant la signature du document, un accord avait été conclu dimanche entre Abdallah Hamdok et l’armée pour un retour de ce dernier comme Premier ministre. Puis, son assignation à résidence a été levée, selon son bureau. Ce pas rapprochant le Soudan d’un retour à des autorités de transition civilo-militaires selon le partage du pouvoir décidé en 2019 après le renversement du dictateur Omar el-Béchir, n’a toutefois pas altéré la mobilisation de la rue.

Les Soudanais étaient de nouveau des milliers à défiler à Khartoum et sa banlieue, à Kassala et à Port-Soudan, dans l’Est, ou à Atbara, dans le Nord, pour crier “Non au pouvoir militaire” et “Burhane dégage” dans un pays quasiment en continu sous la férule de l’armée depuis son indépendance il y a 65 ans.

Un adolescent tué par balle

Un adolescent de 16 ans a été tué dimanche d’une balle dans la tête lors de la répression des manifestations contre le coup d’État militaire à Khartoum, rapporte un syndicat de médecins pro-démocratie.

Cette mort, qui porte à 41 le nombre de personnes tuées depuis le putsch du 25 octobre, intervient alors que le Premier ministre civil Abdallah Hamdok vient d’être réinstallé à son poste aux termes d’un accord avec l’armée.

La police a tiré dimanche des grenades lacrymogènes sur ces milliers de manifestants à Khartoum, aux portes du palais présidentiel où le Premier ministre Abdallah Hamdok est arrivé.

“On ne veut pas de partenariat avec l’armée”, martèle Mohammed Farouq, qui défile à Khartoum. “On veut un État uniquement civil, que les soldats rentrent dans leurs casernes et que ceux qui ont tué des manifestants depuis le putsch soient jugés”, lance-t-il à l’AFP.

C’est dans le palais présidentiel que les deux hommes ont signé l’accord prévoyant la réinstallation d’Abdallah Hamdok à la tête du gouvernement et la libération des ministres et dirigeants civils arrêtés le 25 octobre.

Après la signature solennelle du document, Abdallah Hamdok a promis dans une courte allocution de “faire cesser avant toute chose l’effusion de sang au Soudan”. “Cet accord ouvre la porte en grand à la résolution de tous les défis de la transition”, a-t-il encore dit. Le général Burhane, lui, l’a “remercié pour sa patience”, alors que l’ancien économiste onusien n’a retrouvé que dimanche matin sa liberté de mouvement après environ un mois de résidence surveillée.

Le Premier ministre doit désormais former un nouveau cabinet. Les futurs ministres seront des “technocrates”, indique l’accord signé dimanche.

Abdallah Hamdok et le général Burhane répondent ainsi à toutes les conditions posées par la communauté internationale pour redonner son soutien au Soudan. Mais, a prévenu aussitôt l’ONU, “tous les acteurs soudanais doivent désormais agir de façon constructive et de bonne foi pour restaurer l’ordre constitutionnel et la transition”.

Depuis le putsch, ambassadeurs occidentaux, négociateurs onusiens ou africains et personnalités de la société civile soudanaise ont multiplié les rencontres avec civils et militaires à Khartoum alors que dans la rue, la répression des manifestants anti-putsch a fait au moins 40 morts, selon un syndicat de médecins prodémocratie.

La police assure elle n’avoir jamais ouvert le feu et ne recense officiellement qu’un seul mort et 30 blessés parmi les manifestants du fait, selon elle, du gaz lacrymogène. Samedi, les autorités ont indiqué dans un communiqué qu’une enquête serait lancée sur les manifestants tués.

“Nous refusons tout accord”

Les Forces de la liberté et du changement (FLC), principal bloc pro-civils au Soudan, ont d’emblée rejeté l’accord. “Nous réaffirmons clairement qu’il n’y a pas de négociation, ni de partenariat” avec “les putschistes”, ont-elles affirmé, appelant à traduire les généraux en justice pour leur répression sanglante des manifestations.

“Nous refusons tout accord qui permettra aux putschistes de rester au sein d’une quelconque autorité de transition”, a renchérit l’Association des professionnels soudanais, fer de lance de la révolte de 2019.

Et pour ajouter à l’imbroglio, le parti Oumma, dont est pourtant issu Fadlallah Burma qui a annoncé l’accord, a affirmé “refuser tout accord politique qui ne s’attaque pas aux racines de la crise créée par le putsch militaire”.

 

Avec AFP

Réagir

Suivez nous sur les Réseaux sociaux !

Cliquez sur les boutons ci-dessous pour suivre les dernières actualités de oceanguinee.com