Colonel Doumbouya : Le mensonge et l’amalgame de trop !(Par Tomou Traoré)

A l’aube du dimanche 05 septembre 2021, quand la population de Conakry s’est réveillée comme dans un rêve d’un profond sommeil par des tirs à l’arme lourde et qu’elle a appris stupéfaite, la nouvelle de la destitution du Professeur Alpha Condé, une bonne partie de cette population s’était mise d’accord sur les raisons de la prise du pouvoir par l’armée, par le biais du CNRD – Comité national du rassemblement pour le développement, avec à sa tête le légionnaire Colonel Mamadi Doumbouya.
Dans l’euphorie de cette journée  qualifiée de libération par certains, alors que l’acte était au même moment condamné par d’autres guinéens et même par la communauté internationale vu son caractère illégal, parce qu’un coup d’Etat est tout sauf légal, le jeune Colonel pour tirer le drap de son côté et justifié son coup d’Etat, au nom d’une mission de l’armée prononçait sans cesse les expressions de « Rassemblement, réconciliation, union, lutte contre la mal gouvernance, l’impunité et la corruption », comme pour dire qu’il est venu unir tous les guinéens et mettre fin aux maux qui gangrènent notre pays, notre société depuis des années.
Cent (100) et quelques jours après, des actions fortes ont été posées allant dans le sens de matérialiser ses bonnes intentions et celles du CNRD. Mais derrière cette bonne volonté affichée du Président Colonel, un jeu de mots ne passe pas et pour beaucoup, on arrive à la conclusion que le locataire du Palais Mohammed V berne et continue de berner une frange de cette même population qui l’a pourtant applaudi aux premières heures sous un soleil plomb, le 5 septembre, pour l’avoir débarrassée d’un régime qui avait montré toutes ses limites pour ce qui est d’un État de droit, un État démocratique et de progrès.
COLONEL DOUMBOUYA : LE MENSONGE !
L’autre sacerdoce auquel il tient et ne se barre jamais sans le répéter c’est « de ne pas commettre les mêmes erreurs du passé », fin de citation. On est également tous unanimes qu’il faut auditer sérieusement la gestion publique du dernier régime déchu à commencer par le Professeur Alpha Condé lui même. Mais encore une fois, cela doit se faire dans les règles de l’art, en respectant la procédure, en y mettant la forme et dépourvue d’émotion parce que même pour régler ses comptes, il faut mettre de la méthodologie.
Pas plutard que ce lundi 20 décembre 2021, lors du lancement de la campagne accélérée contre la pandémie de Covid-19 à Coyah, l’homme du 05 septembre affirme je cite : (…) car pour moi, tout le monde compte. Tous les guinéens comptent pour moi. C’est pourquoi tous ensemble (…) » pour juste le paraphraser. Mais mon Président Colonel oublie que pendant qu’il déclare ça à gorge déployée, depuis sa prise du pouvoir, une partie de ces guinéens dont tous compteraient pour lui, comme il le dit en longueur de journée, est en train de mourrir à petit feu, pour les avoir privé de leur dû, ce qui leur revient de droit. Ce sont des guinéens comme tous les autres et qui n’ont pas demandé à payer pour un audit ou un « règlement de compte » entre leur employeur et le régime militaire en place. Ils ne demandent qu’à bénéficier de tous les privilèges surtout ce qui leur revient de droit comme tant d’autres guinéens. Ceci dit, leur souhait est donc de voir dégeler les comptes bancaires de leurs entités respectives afin qu’ils puissent jouir de leur salaire, parce qu’ayant des obligations vis à vis de leurs familles. Un salaire n’est t-il pas sacré ? Où se trouve la boussole du colonel ? La justice !!! Combien de temps des centaines d’employés devront payer le malheur d’avoir cru à un homme qui dégageait de la conviction ?
COLONEL DOUMBOUYA : L’AMALGAME DE TROP !
Chez nous en Guinée, on est champion en démagogie et en hypocrisie. On te sourit au grand jour alors qu’on creuse pendant ce temps ta propre tombe. C’est en faisant croire en 2008 à Dadis Camara à l’époque qu’il pouvait caresser le rêve de se présenter aux élections présidentielles et devenir Président de la République de Guinée que ce dernier s’est retrouvé en exil forcé de plus de 10 ans hors de son propre pays pour le simple fait d’avoir déclaré je cite : « Si je veux, je peux me présenter comme candidat », fin de citation.
Cet amalgame dont il s’agit, nourrit dans les esprits des guinéens (Élites, cadres, citoyen lambda etc…) depuis votre arrivée à la tête de la magistrature suprême du pays, a grandi et continue de grandir à cause de l’ignorance de la presse elle-même qui, dès le 5 septembre, avait commencé à vous appeler « Président de la République… »
Pourtant on est Président de la République que lorsqu’on est élu par le peuple, par suffrages universels. L’ancien Président déchu, Professeur Alpha Condé, malgré son mandat de plus à l’issue d’une élection présidentielle décriée par ses adversaires politiques, était considéré tout de même comme Président de la République parce que des guinéens de Kassa à Yomou, lui avaient au moins accordé leur voix. Par contre vous, vous n’avez aucune légalité et votre légitimité commence à s’effriter. Vous avez certes stopper l’hémorragie de la dictature qui s’installait au sommet de l’Etat, mais vous êtes jusqu’à preuve du contraire un « putschiste », Chef de l’Etat, Président de la transition tout simplement, rien de plus.
L’amalgame est donc de trop et vous semblez vous sentir bien aisé quand on vous attribue ce titre puisque jamais vous n’avez levé le petit doigt pour sonner la fin de la récréation à propos. Attention mon Colonel, parce que ça pourrait vous faire dérouter des belles intentions qui vous animent.
Tomou TRAORÉ 
 
Journaliste Activiste certifié
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