Transition énergétique en Asie et changement climatique

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Les émissions de gaz à effet de serre de la région sont déjà plus élevées que dans toute les autres régions du monde et continuent d’augmenter à mesure que les besoins énergétiques augmentent, à la fois pour permettre à une population croissante de satisfaire ses besoins énergétiques et pour soutenir la région dans son rôle de moteur industriel mondial. Répondre à ces besoins énergétiques croissants tout en inversant la trajectoire des émissions de gaz à effet de serre nécessite un changement radical.

UN SYSTÈME ÉNERGÉTIQUE MAJEUR QUI CONTINUE DE CROÎTRE

Contribuant à plus de 60% de la croissance du PIB mondial en 2017 et avec plus de 60% de la population mondiale vivant dans la région, les pays asiatiques ont rattrapé leur retard en ce qui concerne la production fiable et abordable d’énergie pour une population croissante et une classe moyenne en expansion. Il s’agit d’une tâche difficile pour certains pays de la région alors que plus de 400 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité.

Il est difficile de trouver un équilibre entre la croissance
de la demande en énergie et la nécessité de décarbonisation.

Cette situation a créé un besoin important de développement des systèmes de production d’énergie.

Au sein de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), la croissance économique au cours des 15 dernières années a entraîné une croissance de 60% de la demande énergétique – une tendance qui devrait se poursuivre au moins jusqu’en 2040, lorsque le taux de raccordement électrique aura atteint 100% selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). L’Inde, dont le taux d’accès à l’électricité s’établit à 82% en 2016, devrait connaître une croissance annuelle de plus de 4% de la demande énergétique jusqu’en 2035. La Chine, bien qu’ayant atteint 100% d’accès à l’électricité en 2010, devrait encore connaître une croissance de 21% de la demande énergétique d’ici 2040 selon l’AIE.

SIGNES POSITIFS D’UNE TRANSFORMATION PROFONDE

Il est difficile de trouver un équilibre entre la croissance de la demande en énergie et la nécessité de décarbonisation. L’AIE estime que pour limiter le réchauffement de la planète à moins de 2 degrés Celsius, comme le prévoit l’Accord de Paris, 90% de la croissance de la demande énergétique en Asie devrait être satisfaite par des sources d’énergie à faible émission de carbone, tout en remplaçant la demande existante en combustibles fossiles à fortes émissions par l’électrification des systèmes énergétiques et des transports dans la région d’ici 2040. Cette transformation en profondeur devrait être achevée d’ici 2050 et entrainerait une diminution des émissions liées à l’énergie de 75%.

Bien qu’il y ait assurément des signes positifs dans la région, dont le doublement de la capacité de production d’énergie renouvelable entre 2013 et 2018, la consommation de pétrole et de charbon a également continué à augmenter au cours des deux dernières années. Si cette tendance se poursuit, l’AIE s’attend à ce que près de 50% de la consommation d’énergie primaire de la région en 2040 soit encore couverte par le charbon et le pétrole. Cela impacterait négativement le «bilan carbone» de l’Asie dans la lutte pour rester sous la barre des 2 degrés. En examinant le scénario plus ambitieux de 1,5 degré, l’Université d’Oxford a estimé que près de 84% des centrales thermiques actuelles et prévues en Asie du Sud-Est sont incompatibles avec cet objectif.

INCOMPATIBILITÉS AVEC LES OBJECTIFS DE PARIS

Les politiques nationales en matière d’énergie et de changement climatique jouent un rôle important dans la modification de cette tendance, étant donné que la plupart des secteurs du marché asiatique de l’énergie sont encore réglementés par des entreprises publiques ou y sont fortement représentées. Cependant, la plupart des engagements sur le changement climatique déclarés par les principaux pays asiatiques en développement ne devraient pas suffire à atteindre la limite de réchauffement de 2 degrés, et encore moins l’objectif plus ambitieux de 1,5 degré, selon le Climate Action Tracker.

Si ces engagements nationaux restent inchangés, cela signifie
que l’ajustement post-2030 devrait être beaucoup plus ambitieux.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime qu’une réduction supplémentaire de 54%, soit 29 gigatonnes d’équivalent CO2, par rapport au niveau prévu des émissions en 2030 sur la base de tous les engagements nationaux existants est nécessaire. Si ces engagements nationaux restent inchangés, cela signifie que l’ajustement post-2030 devrait être beaucoup plus ambitieux. Une telle approche en matière de décarbonisation pourrait être risquée si les entreprises se contentent de suivre les ambitions nationales existantes lorsqu’elles fixent leurs objectifs de réduction, laissant ainsi un court délai entre 2030-2050 pour une transformation énergétique en profondeur, surtout si les investissements dans la prochaine décennie se révèlent incompatibles avec une réduction plus sévère des émissions futures.

ENGAGEMENTS CLIMATIQUES DES PRINCIPAUX PAYS EN DÉVELOPPEMENT EN ASIE:

Objectifs de réduction des gaz à effet de serre pour 2030 (sans condition)

  • Indonésie (réduction de 29% dans certains secteurs par rapport au scénario du statu quo)
  • Chine (émissions de CO2 maximales en termes absolus; réduction de 60-65% des émissions de carbone en dessous du niveau de 2005)
  • Inde (33%-35% en dessous de l’intensité des émissions de 2005)

Objectifs de consommation d’énergie non fossile:

  • Indonésie (23% d’ici 2025, 31% d’ici 2050)
  • Chine (20% d’ici 2030, 50% d’ici 2050)
  • Inde (40% d’ici 2030)

Objectifs en matière de consommation de charbon:

  • Indonésie (min. 30% d’ici 2025, min. 25% d’ici 2050)
  • Chine (impliquée dans l’engagement de 2030 concernant les pics d’émissions et l’objectif d’énergie non fossile)
  • Inde (impliquée dans l’objectif d’intensité carbone 2030 et l’objectif d’énergie non fossile)

Alas Toure pour oceanguinee.com

source: allnews.ch

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