Lettre ouverte d’un prêtre arabe de Syrie à Sa Sainteté le Pape François

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Les guerres ruinent, déchirent et enlèvent des vies et des espoirs. 10 ans de conflit à ce jour, le monde a présenté l’échec de sa diplomatie en Syrie. C’est à cette occasion, qu’un chrétien parmi les grandes figures de cette région du monde a adressé une lettre ouverte à sa sainteté le pape à la date du 13 Mars 2020. Nous vous invitons à sa lecture.

« Sainteté,

Dans deux jours, commence la dixième année de la guerre cosmique contre la Syrie, ma patrie.

Je voudrais en ce jour du 13/3/2020, vous poser, à vous personnellement, ainsi qu’à toute l’Église Catholique, où qu’elle soit, une question, une seule, aussi simple que capitale. La voici :

Croyez-vous toujours à la SURVIE de Jésus-Christ dans le monde arabe ?

Je me hâte de préciser que les généralités de toutes sortes, que vous ne cessez de dire et de redire, ou celles que vous faites dire à vos représentants, au niveau des Instances Internationales, sont loin de le laisser croire.

J’en prends à témoin TOUT ce que reproduit à ce propos, l’organe officiel du Vatican, l’Osservatore Romano, sous des titres parfois évocateurs, voire percutants.

Tous ces textes sans exception, font preuve d’une triste et systématique absence de prise de position vis-à-vis de la politique désastreuse et déclarée, de certaines Puissances mondiales, les États-Unis en tête, et de leurs valets européens et arabes,
contre le Monde Arabe.

Pourtant cette politique d’hégémonie à outrance, qui ose ignorer qu’elle se fait depuis des décades, au défi de toute légitimité, tant internationale que régionale, ainsi que de toute morale, tant humaine que religieuse ?

Quant aux prix de ce déchaînement de catastrophes consécutifs, contre le Monde Arabe, j’ai le regret de dire qu’en l’absence de la moindre condamnation prononcée par l’Église, j’en laisse, avec tous les opprimés de ce monde, à Dieu seul, le soin d’en juger les fauteurs et leurs compères.

En effet, l’Église, « Colonne de Vérité » selon St-Paul, et Représentante de Jésus-Christ, se révèle incapable d’adresser le moindre reproche à ces malheureux « Puissants », qui s’érigent en véritables destructeurs de l’Œuvre de Dieu, y compris l’effacement du Christianisme dans le Monde Arabe.

Sainteté,

Je sais que ce que j’avance, en tant que prêtre catholique, est plus que grave.

Mais je tiens à le redire, preuves à l’appui.

Qu’il me suffise d’abord de rappeler votre traditionnel message de paix, pour l’année nouvelle 2020, ainsi que votre discours officiel, lors de votre visite aux Émirats Arabes Unis, du 3 au 5 février 2019.

Cependant, je tiens à aller plus loin.

Il est en effet deux faits accablants, que je ne puis passer sous silence, d’autant plus qu’ils concernent tous deux la Syrie.

Le premier – j’y reviens sans cesse – est celui de votre première visite, fin septembre 2015, aux États-Unis. Vous vous trouviez alors au cœur même de cet Empire qui prône ouvertement la destruction de tout opposant, dont la Syrie, à sa politique démoniaque, menée toujours au nom de « la Liberté, de la Démocratie et des Droits de l’homme ». Or devant les principaux représentants de cet Empire, tant civils que religieux, ainsi que devant l’Assemblée Générale des Nations-Unies, vous avez prononcé quatre discours, que j’ai tenu à lire et relire, cinq fois, pour ne pas me laisser saisir par une impression ponctuelle. Hélas, je n’y ai trouvé que des mots de félicitation, de gratitude, outre des invitations générales à plus de liberté religieuse et de respect pour la Nature et l’environnement.

Pour le Représentant de Jésus-Christ, Celui-là même qui est mort sur la Croix, par amour pour une humanité plus que jamais, méprisée, écrasée, affamée, décimée, c’est moins que peu !

Le second fait concerne la démarche proprement politique, que couvrait, sous les fameux prétextes humanitaires, la lettre que vous avez adressée à notre Président, par l’entremise du Cardinal Peter TURKSON, en date du 28 juin 2019.

En effet, je ne puis croire que vous ignoriez jusqu’à ce jour, que la Communauté Internationale au nom de laquelle vous parlez, et sur la politique de laquelle vous vous alignez régulièrement, n’est rien d’autre que l’Empire Américain. Ignoriez-vous aussi que des milliards d’êtres humains, laissés – pour – compte à travers le monde, et avec lesquels Jésus-Christ s’est littéralement identifié, essaient de lutter contre cette Communauté même, pour s’assurer un minimum de vie, dans la justice et la dignité ?

Or, de cette lutte universelle pour la survie, la Syrie, son Président en tête, offre un exemple unique, face à une guerre absolument injuste, et à un embargo total, que rien ne justifie.

Sainteté,

Laissez-moi, pour finir, vous exprimer ma réaction de prêtre syrien, à votre offrande des 6000 rosaires au peuple syrien, en date du 15/8/2019.

Il va de soi que la prière est de première nécessité pour l’homme, et surtout pour l’homme contemporain.

Mais croyez-vous vraiment que cette façon de faire, ainsi que vos appels continuels à la prière en faveur de la paix, en Syrie et partout, suffisent-ils à pallier à votre totale et incompréhensible absence de prise de position, vis-à-vis des bourreaux déclarés de l’Humanité ?

N’est-il pas temps pour l’Église Catholique de rompre une fois pour toutes, avec la politique de l’Empire Américain, afin de renouer pour de bon avec le Royaume de Dieu ? Les chrétiens du monde, et pas seulement de Syrie, feraient bien de prier pour une totale conversion de l’Église.

Une visite en cette Syrie crucifiée, berceau du Christianisme, n’en serait-elle pas le commencement tant attendu ?

Sainteté,

Veuillez voir dans ce souhait, non seulement l’espoir d’un prêtre de Syrie, mais aussi celui des multitudes crucifiées à travers le monde.

Je vous dis mon affection et mon respect. »

Pr. Elias Zahlaoui

Damas

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