Guinée : Résultats du baccalauréat unique session 2020, un enseignant s’exprime.

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Des nombreux guinéens s’interrogent sur les résultats du Baccalauréat unique session 2020:

1- les résultats reflètent-ils le vrai niveau des élèves ?
2- le taux de 44,43% de réussite annoncé est-il réel ?
Pour répondre à ces questions, nous partirons dans le principe d’organisation dudit examen.

Lorsque nous étions entrain de dénoncer le processus d’organisation très biaisé du BAC_2020, beaucoup nous prenaient comme des ennemis de la république. Voilà maintenant aujourd’hui des résultats taillés sur mesure qui ne surprends guère les Guinéens.

Il faut rappeler que l’année scolaire a été très exceptionnelle du fait de la grève syndicale qui a tellement perdurée, à cela s’ajoute la crise du coronavirus qui a frappé de plein fouet l’ensemble des secteurs y compris celui de l’éducation.

Avec toutes ces perturbations, un taux de réussite de 44,43 % est-il raisonnable ? La réponse est sans équivoque « NON ». Pour appuyer cette thèse, les différents taux d’admission des 3 examens en Guinée sont généralement d’ordre décroissant, ce pendant ce dernier fait carrément exception avec 53,83% au CEP; 35,59% au BEPC et 44,43% celui du

BACCALAURÉAT UNIQUE.

En partant de la logique que ce pourcentage annoncé est réel, le constat est pourtant très amère dans bon nombre des écoles. On s’interroge alors, où sont tous ces admis?

Le plus utopique est de constater que dans ces résultats de 2020, il y a eu:
• 49 mentions Très Bien contre 1 seul en 2019 et 4 en 2018,
• 20156 mentions Bien contre 107 en 2019 et 330 en 2018. Les différentes perturbations enregistrées pendant l’année scolaire sont-elles des facteurs qui expliqueraient le très haut niveau des candidats?

CONSTAT
– Des élèves qui se sont bien battus durant l’année scolaire ne sont pas admis, ce pendant des « tocards » qui ne mériteraient même pas le niveau de l’élémentaire sont sur la liste des futurs étudiants ! Hélas!!!

– Des zones très spécialisées en fraude (Dubréka/Cimenterie) auraient eu des résultats très surprenants aux yeux de certains observateurs. Il y a des écoles dans cette zone qui ont réussies malgré tout, à avoir des scores qui seraient entre 90 et 100% de succès . Il y a des écoles dans la même zone qui ont à elles seules parvenues a obtenir plus de 1000 admis comme résultat!

Cela est logiquement incompréhensible et inexplicable. Je me pose des questions: Quels sont les vrais atouts de cette zone ? Tous les meilleurs élèves et formateurs du pays seraient-ils de cette zone ? Y a-t-il pas eu des perturbations pandémiques laba? Ces écoles là détiennent-elles le monopole de la bonne formation en Guinée ? Le dé du jeux n’est-il pas tronqué par endroit ?

La réponse à ces questions nous aideront à bien cerner leurs résultats. En tant que ministre de l’éducation nationale, j’intérpelerais toute école qui ferait 100% de réussite, car tout le monde ne peut pas avoir un bon niveau!

– Il y a également des candidats qui ont dévoilé avoir tout écrire par le canal des groupes Washap et messenger, qui, malheureusement ont échoué. Que s’est-il passé au juste? La fraude est-elle alors un facteur d’échec ? Je dirais « OUI »
– Si les meilleurs élèves occupent des rangs très éloignés, cela ne favorisera pas la culture de l’excellence dans nos écoles. X doit être à sa place, Y aussi. C’est ça la vraie équation!

– Je suis outré de constater qu’il y a également des candidats qui occupaient toujours de places de choix au sein de leurs écoles voire même de leurs communes et qui cherchaient mordicus à occuper les premiers rangs afin de bénéficier des bourses d’études pour l’extérieur, qui, malheureusement se retrouvent hors listes des admis. Ils ne cessent de s’interroger sous les regards impuissants de leurs collègues, amis et parents! Ils sont inconsolables, car ils voient leurs efforts foulés au sol.

En tant qu’acteur du système éducatif, je demande au ministère de l’éducation nationale et de l’alphabétisation de bien revoir l’ensemble du système d’organisation des examens nationaux, car la vie de la nation dépend de nos cadres supérieurs qui sortiront des universités.

• Élèves de Guinée, prenez conscience et dénoncer vous même les fraudes orchestrées par certains acteurs du système. Car ils veulent que ses enfants reviennent d’ailleurs pour nous diriger. Chose que nous devons tous refuser et cela passe impérativement par la bonne formation et en bannissant tout esprit de magouille et de fraude généralisée.

• Aux parents d’élèves, l’avenir de vos enfants dépend des niveaux de formation qu’ils recevront de la part des écoles; alors choisissons tous des écoles des qualités et des références qui lègueront une formation de qualité à vos enfants.

Retenons une chose:《le chemin de la facilité mène toujours au champ du regret 》.

Pour diminuer la dose des fraudes au Bac. et limiter le dégât, je proposerai un test de niveau du vrai sens du mot pour tous les nouvels orientés aux différentes facultés! Cela permettra de distinguer le vrai du faux. Tout bachelier qui serait incapable d’obtenir la moyenne requise ne doit pas être pris en charge par L’État, car ce dernier deviendra implicitement une charge inutile qu’il faudra continuer à entretenir. Chose qui n’est pas normal! Les universités privées sont là pour éventuellement accueillir ces derniers.

En terme des propositions concrètes, je proposerais:

– la mise en place d’un office du baccalauréat composé des cadres universitaires de moralités irréprochables qui sera chargé du suivi et évaluation des candidats.
– de revoir les primes de surveillance et de correction.
– de mettre en place un mécanisme anti-fraude très rigide.
– de brouiller la connexion internet pendant la période de l’examen.
– de sanctionner sévèrement les fraudeurs (côté élèves et responsables d’écoles). Envisagez même une suspension temporaire des agréments des écoles qui récidivent dans la tricherie scolaire.
-d’équiper tous les centres en infrastructures technologiques afin de pouvoir imprimer les sujets le jour même de l’épreuve.
– d’instaurer le système de Bac.1 pour permettre de réduire le nombre des candidats au Baccalauréat unique.

Je ne cesse de demander qui pour sauver notre système éducatif?
À quand ce sauvetage?

Alpha Mamadou TOLO Bah, Enseignant et activiste de la société civile.

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