Recommandations des promoteurs des langues nationales et des structures de l’alphabétisation dans le travail législatif futur du CNT (Nafadji Sory Condé)

Nonobstant l’absence de représentants des structures promotrices de nos langues nationales dans le Conseil National de la Transition, nous avons foi que des cadres de valeurs, conseillers au CNT pourraient être notre porte voix. Voici ce que nous promoteurs de langues nationales attendions du CNT :

1- Comme dans plusieurs pays, créer un article linguistique dans la constitution Guinéenne qui érige en langue officielle à côté du français les 6 principales langues du pays:
« Les langues officielles de la Guinée sont : le français, le Kpellewoo, le kissiei, le lomagoe, le Maninkakan, le Pular et le Sossokhui. »
« Les systèmes d’écriture N’ko, Adlam, Koresebeli, Lomagoe » sont des patrimoines culturels nationaux.

2-Ériger les régions administratives en collectivités locales comme dans la constitution de 2010, et attribuer au conseil régional, à côté des compétences de l’administration centrale, des attributions et compétences régionales d’ordre culturel, linguistique, éducatif, sanitaire et socio-économique.

3-Dans le code des collectivités locales, donner la compétence linguistique à chaque commune urbaine et rurale d’adopter comme 2ème langue officielle après le français, au moins, une des 6 langues nationales principales parlée sur le territoire de ladite commune.

4-La loi L/97/022/AN du 19 juin 1997 appelée loi d’orientation de l’éducation nationale dans son titre de 2, contenu et formes de l’éducation, article 6 et alinéa 3 stipule : « les langues nationales et africaines, les langues de grande communication et les techniques modernes d’éducation en sont les instruments ».
Appliquer la loi d’orientation de l’Education Nationale qui date de 1997 en l’adaptant à la nouvelle donne et en autorisant l’ouverture de filières bilingues langues nationales-français.

5- Créer une véritable Académie des Langues Nationales (AGUILAN) qui travaillera sur la cartographie linguistique, l’aménagement linguistique et la conception d’un code linguistique afin que la Guinée travaille dans l’esprit du projet linguistique de l’agenda 2063 de l’union africaine.

Remarques : ces dispositions linguistiques légales auront pour conséquence de traduire dans les 6 langues nationales officielles :
– le journal officiel de la République;
-les actes réglementaires administratifs officiels (décret, arrêté, décision, circulaire, communiqué);
-La constitution, les lois organiques, les lois ordinaires, les traités et accords internationaux ratifiés;
-Les arrêts des cours et tribunaux comme en Afrique du Sud sont publiés dans les 11 langues officielles du pays.
-Lors des débats à l’hémicycle, Mettre en place un système de traduction et autoriser les parlementaires à parler dans l’une des 6 langues de leur choix ou en français (noter qu’au Sénégal, le Français et 5 langues du pays sont autorisées au parlement, en Mauritanie 4 langues du pays) .

Enfin, ces propositions sont basées sur le respect de la diversité linguistique, le pluralisme culturel de la Guinée et permettront de donner un statut juridique aux langues nationales. Elles permettront à la Guinée de rattraper son retard en matière de valorisation des langues du terroir et de lutter efficacement contre l’analphabétisme, la Guinée faisant partie des 5 pays ayant les taux d’alphabétisation les plus bas de l’Afrique (30%) de la population alphabétisée selon le dernier classement de l’an 2020.

Nafadji Sory Condé, enseignant chercheur, écrivain, sociolinguiste et spécialiste en éducation bilingue.

 

VICE-PRÉSIDENT CHARGÉ DE LA COMMUNICATION ET DES RELATIONS PUBLIQUES de l’Association for the Development and Advancement of African Languages (Association pour le Développement et l’Avancement des Langues Africaines).

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