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« Dieu n’écoute aucune prière qui ne soit pas celle d’un cœur sincère, d’un cœur aimant. » Le Cardinal Robert Sarah

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De passage à Conakry après plus de deux décennies au service de l’Église universelle, le Cardinal Robert Sarah dit envisager un retour durable au pays pour se consacrer à la prière « dans le silence ». Reçu une heure par le Premier ministre Amadou Oury Bah, le prélat a livré une lecture exigeante de l’autorité – « faire grandir, pas écraser » – et appelé les Guinéens à préserver leur cohésion, à vivre une foi sincère et à regarder leur histoire en face pour rompre avec les cycles d’erreurs.

Une visite au sommet, un message au pays

Le Cardinal Robert Sarah a placé son séjour sous le signe de l’écoute et de l’interpellation. Il rapporte avoir été reçu en audience pendant une heure par le Premier ministre Amadou Oury Bah, entouré de ses conseillers. Un échange qu’il qualifie de « fraternel », au cours duquel il dit avoir mieux compris « un peu son travail » et la délicatesse de la mission gouvernementale. En retour, le Cardinal promet un soutien spirituel : des projets « peuvent être grands », estime-t-il, mais « si Dieu ne l’aide pas », l’homme « ne pourra pas les réaliser ».

Derrière la courtoisie institutionnelle, le fond du propos est clair : le prélat entend parler au pays comme à une famille. « Moi aussi, je suis Guinéen. La Guinée, c’est ma maman », insiste-t-il, revendiquant une dette personnelle envers la nation qui l’a formé.

« Revenir en Guinée » : un choix de retraite active

À 81 ans, le Cardinal explique vouloir réorienter sa fin de vie vers une présence plus constante en Guinée. Parti depuis 26 ans, ancien archevêque de Conakry (1979-2001), il dit avoir servi ensuite l’Église universelle et côtoyé plusieurs papes, de Paul VI à Léon XIV. Depuis 2020, il est officiellement à la retraite, tout en restant ponctuellement mobilisé pour des missions.

Son projet, lui, est précis : « revenir m’installer en Guinée uniquement pour me consacrer à la prière », « loin de la ville ». Ce retour n’est pas présenté comme un engagement politique, mais comme un accompagnement moral : prier « pour la Guinée » et « pour les responsables », afin qu’ils reçoivent « la sagesse d’être au service du peuple ».

L’autorité selon Sarah : « faire grandir » plutôt que dominer

C’est l’un des axes forts de son intervention, à la fois pédagogique et critique. Le Cardinal rappelle l’étymologie latine du mot autorité (augeri) pour en tirer une norme : gouverner, c’est aider à croître. « Quand on a autorité, ce n’est pas pour écraser les gens, c’est pour les faire grandir », dit-il, étendant cette logique de la famille à l’État.

Le message, sans viser nommément un camp, résonne comme une mise en garde contre les formes de pouvoir vécues comme coercitives ou confiscatoires : l’autorité ne se justifie que par ses effets concrets sur la vie des citoyens.

Richesses du pays, pauvreté du quotidien : la question de la redistribution

Le Cardinal mobilise un constat bien connu – « scandale géologique » – pour en faire un argument de justice sociale. Il cite l’abondance de la pluie, la richesse minière, et l’« intelligence » des Guinéens comme autant d’atouts qui devraient produire du bien-être. Or, dit-il, ces richesses « ne sont pas faites pour une petite minorité, elles sont faites pour tous ». Il évoque des attentes minimales mais fondamentales : logement, travail, « un minimum de bien-être ».

En filigrane, il dessine un critère d’évaluation des politiques publiques : la capacité à transformer l’abondance nationale en services et opportunités partagés, au lieu d’alimenter frustrations et clivages.

Cohésion nationale : préserver « la richesse guinéenne »

Le prélat insiste sur une mémoire sociale qu’il dit avoir connue : une Guinée vécue « comme une famille », marquée par la « cohésion » et la « communion ». Ce souvenir sert d’avertissement : la division, selon lui, est stérile et destructrice. « Dans la division, on ne peut rien faire », résume-t-il, appelant à « travailler ensemble » et à « ne pas se battre pour rien ».

C’est un plaidoyer pour une culture du compromis et de la coopération, au moment où la société guinéenne reste traversée par des tensions politiques et communautaires récurrentes.

Foi et cohérence : critique des religiosités de façade

Sur le terrain moral, Robert Sarah formule une exigence qui dépasse les appartenances : musulmans et chrétiens sont invités à la cohérence. « On ne peut pas mentir à Dieu », prévient-il, dénonçant les pratiques religieuses qui ne se traduisent pas en comportements sociaux (mensonge, conflits, destructions mutuelles). Il tranche : « Dieu n’écoute aucune prière qui ne soit pas celle d’un cœur sincère, d’un cœur aimant. »

Le propos vise moins la religion que l’éthique publique : la foi n’a de sens, selon lui, que si elle produit une responsabilité envers autrui.

« Examen de conscience » national : relire l’histoire pour éviter la répétition

Autre point central : la nécessité d’une introspection collective. Le Cardinal appelle à « regarder honnêtement notre propre histoire » avec « une intelligence critique » : ce qui a été réussi, ce qui a échoué, et ce qu’il faut corriger. Son idée-force : sans auto-analyse, un pays « répète les mêmes erreurs ».

Pour étayer sa légitimité, il rappelle avoir traversé plusieurs séquences politiques — Révolution, Conté, Condé, période actuelle — et pose des questions très concrètes : logement, eau potable, électricité, école, qualité des universités, changement de mentalités. Sa métaphore est parlante : « l’eau stagnante pourrit » ; la société doit « couler » comme une rivière, c’est-à-dire avancer par la réflexion et la remise en question.

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Reçu en audience par le Premier ministre Amadou Oury Bah, le Cardinal a salué la délicatesse et la générosité de ce moment d’échange, promettant de soutenir les autorités par sa prière. Pour lui, l’autorité n’est pas un instrument de domination mais une mission de croissance : « Le mot autorité vient du latin augeri, qui veut dire faire grandir. Toute autorité est faite pour grandir, progresser. »

Il a exhorté les Guinéens à préserver leur cohésion, à travailler ensemble et à éviter les divisions stériles. La Guinée, riche de ses ressources naturelles et de l’intelligence de ses hommes, ne peut s’épanouir que dans l’unité et la sincérité. « Dieu n’écoute aucune prière qui ne soit pas celle d’un cœur sincère, d’un cœur aimant. »

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