Bah Oury: Un accord avec la CEDEAO est indispensable pour la Guinée dans cette transition (Interview)

« Un accord avec la CEDEAO est indispensable pour nous permettre de bénéficier de la coopération de la communauté internationale afin d’accompagner la Guinée dans cette transition« .

Ces derniers temps, notre pays a connu des manifestations violentes, en dépit des efforts fournit par les uns et les autres. Des appels à la retenue et au dialogue se multiplient. Puisque, de l’avis de certains observateurs, cette transition est une chance à ne pas rater pour mettre le pays sur les rails après tant d’année de crises. Pour en savoir d’avantage, notre reporter a rencontré Amadou Oury Bah dit « BAH OURY », président de l’Union des Démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG).  Dans cet entretien qu’il a accordé à votre quotidien, ce vétéran de la politique guinéenne revient sur les causes profondes de la crise qu’a connue notre pays ces dernières années mais aussi énumère des pistes de solution pour une transition réussie et apaisée

Oceanguinee : Bonjour M. Le Président de l’UDRG, comment se porte ce parti actuellement ?

Bah Oury : Bonjour, je vous remercie. Vous savez que nous eut un itinéraire politique en dent de Cie. Nous avons créé auparavant des organisations politiques qui ont prospéré à un moment donnée. Et des crises internes ont fait que nous avons été obligés de tenter une autre démarche.  C’est dans ce cadre que l’UDRG a été mise en place il y a pratiquement deux ans de cela. Depuis lors nous sommes en train d’implanter le parti aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur. Le processus d’implantation est un processus très difficile et très coûteux. Malgré tout, nous sommes dans un bon élan.

Quelles est votre lecture de la situation actuelle de la Guinée qui, hélas, renoue avec la violence ces derniers temps ?

Vous savez la situation de la violence en Guinée est une situation endémique. Depuis très longtemps, la mentalité politique a toujours été dominée par la violence, depuis pratiquement les premières heures de l’indépendance jusqu’à présent. Cette mentalité cause beaucoup de tort à la population, au pays dans un contexte où des nations sont entrain de progresser nous, nous sommes marqué toujours par ces retour en arrière. Notamment on dénombre des morts à chaque manifestation et je pense que ceci doit être stoppé. Ceci dit, la transition actuelle est une ultime chance pour qu’on puisse régler tous ces problèmes-là, cette mentalité de violence, remettre en place un système démocratique, un système de gestion qui promeut la bonne gouvernance. Ce n’est pas facile et les mesures qui sont prises dans le cadre de la restructuration de la gouvernance amène des résistances et ces résistances surtout par rapport aux crimes économiques deviennent de plus en plus fortes. Puisque c’est la première fois depuis très, très longtemps qu’un gouvernement s’attaque directement aux manifestations concrètes de la corruption et de détournement des deniers publiques. Cela fait que l’ambiance politique est marquée de manière sous- jacente par cette problématique. Maintenant, à la surface on fait comme si c’est la concertation, c’est le dialogue, c’est la feuille de route de la transition qui posent problème alors que la vraie racine c’est le fait de s’être attaqué à l’une des racines de la mauvaise gouvernance de notre pays.

Partant de l’expérience de 2010, qu’est-ce qu’il faut, selon vous, pour une transition réussie en Guinée ?

La qualité des dirigeants politiques de tout bord est très importante. Si cette qualité était suffisante on n’aurait pas eu de problème et les choses allaient se faire correctement dans un consensus je dirais très large. Malheureusement tel n’est pas le cas. Nous avons besoin de remettre en force les leviers disons de l’organisation des élections de manière correcte avec un fichier électoral indiscutable, nous avons besoin que la population ait les moyens de son identification. C’est-à-dire avoir un fichier d’état civil de tel sorte que chacun de nos compatriotes puisse avoir une carte d’identité digitalisée. Si tel n’est pas le cas nous ne pourrons pas nous en sortir avec cette mentalité qui a toujours dominée le pays dans une direction qui n’est pas en conformité avec les intérêts du pays. Donc ces ceux deux facteurs nécessite du temps, nécessite des investissements d’où la nécessité d’une entente avec la CEDEAO. Et un accord avec la CEDEAO est indispensable pour nous permettre de bénéficier de la coopération de la communauté internationale afin d’accompagner la Guinée dans cette transition.

Quel est le rôle que vous entendez jouer pour faciliter les relations difficiles entre les autorités de la transition et les ténors de la classe politique ?

Personnellement j’essaie, à travers nos actions, nos propos, nos attitudes de partager l’expérience que nous avons eue des transitions notamment celle de 2009/2010. Egalement des autres tentatives de rectification que nous avons connue sous le temps du général Lansana Conté. Mais ce n’est pas facile et c’est le premier élément. Le deuxième élément, c’est que nous avons été impliqué dans l’organisation des assises parce que nous considérons que là aussi c’est un terrain privilégié pour rapprocher tous les acteurs y compris les populations avec la nécessité d’avoir une optique allant dans le sens d’une construction d’un processus de réconciliation nationale dans le pays. La troisième chose, c’est nous essayons de mettre, dans un certaine mesure, les autorités de la transition dans une optique qui cadre les indispensable nécessité d’avoir une feuille de route qui à la fois prend en compte les erreurs du passé et pour nous permettre de ne pas trainer les pieds au risque que la transition ne s’enlise.

Votre message à l’endroit des autorités de la transition et des populations ?

Par rapport aux autorités de la transition, je pense qu’il faut qu’elles aient le focus sur l’intérêt national, l’intérêt général, l’intérêt d’une transition concertée et réussie. Et ne pas essayer de faire comme s’ils sont obligés de répondre à l’attitude de certaines forces qui les contestent. Parce que sinon elles risquent d’être détournée de leur chemin par ces genres d’attitudes qui ne sont pas du tout des attitudes constructives. Donc il faut que les autorités de la transition fasse preuve de prudence, de retenue et de ne s’atteler qu’à l’essentiel. L’autre chose c’est que la population doit prendre ses responsabilités qui consistent à se dire que cette transition c’est l’affaire de nous tous. Par exemple le long de l’axe, il faut que les riverains prennent leur responsabilité. Il ne faut qu’ils acceptent que l’axe (le prince) soit le terrain privilégié de tous les conflits et de n’importe quel conflit qui risque de les mettre dans une situation de danger ou bien les stigmatiser comme étant une zone de non droit ou une zone d’insécurité au risque de dévaloriser leur patrimoine humain et immobilier. Donc, de ce point de vue il faut que les populations de l’axe se reprennent et prennent en charge leur propre destin pour ne pas se laisser entrainer dans des dérives qui ne les serviront pas du tout, au contraire. La population guinéenne de manière globale doit savoir que nous sommes dans un contexte international très difficile, sur le plan national aussi nous sommes dans un contexte social et économique très difficile. Le processus actuel pour qu’il ait un impact sur la population nécessite un peu d’efforts, une meilleure organisation. Mais avec tous les problèmes que nous engrangeons aujourd’hui, il faut de la patience.

Interview réalisée par

Alhassane Barry

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